Ma bonne, qui n’est pas timide, a remis à sa place la vieille araignée.

Moi, pendant le reste de la soirée, j’ai pesé, pesé, pesé. J’ai pesé, à mesure que le petit rasoir coupait ; j’ai pesé la tête, les oreilles, les pattes, le foie, les intestins, toutes sortes de saletés. J’ai pesé par lots entiers, puis par moitiés, par quarts, par demi-quarts. Chaque fois que je marquais un chiffre, la vieille, ses lunettes sur le nez, se penchait sur mon épaule et vérifiait. Quand le travail a été fini, elle m’a demandé :

— En prendrez-vous dix livres, mon bon monsieur ?

— Comment ! mais j’en prends la moitié !

— La moitié !

Elle m’a regardé comme on regarde un fou. Puisque son fils prend le quart de devant et son gendre celui de derrière !… Je l’ai bien fait rire avec mon histoire de moitié !

— Que me resterait-il, à moi, mon bon monsieur ? Je ne tiens pas du tout à vendre ma viande ! Si je vous en cède, c’est pour vous rendre service.

Que dire ? Que faire ?

Me fâcher ! Jeter les hauts cris ! Presque tous mes élèves étaient là ! Ma dignité de magister avait déjà subi une assez rude épreuve ; je n’allais pas l’abaisser encore en disputant contre ces sauvages. Je reconnus donc, avec une amère hypocrisie, qu’une moitié serait beaucoup pour moi.

— Je ne prendrai qu’un quart, si vous voulez bien.