L’oncle Anselme prit Dominique par la main et, sans lui en demander la permission, l’emmena chez lui.
Alors la musique ne fut plus tout à fait la même.
Il faut remarquer, sans plus tarder, que si Sandrine n’était pas morte ainsi, avant son tour, Dominique se serait peut-être égaré dans les mauvais chemins ; il aurait passé à côté de belles, bonnes et utiles vertus. D’abord, il y a ceci qu’il fuyait l’école. Cela ne veut pas dire qu’il manquait d’esprit ; mais il serait resté toute sa vie un ignorant et quand on est ignorant, les autres, qui ne le sont pas, abusent de la situation. De plus, auprès de sa mère, Dominique ne s’habituait ni à l’obéissance, ni au respect, ni même à la politesse ; il était mal élevé, pour tout dire ; si quelqu’un lui déplaisait ou l’embêtait, il le disait net, jurait et jetait des pierres. Ce ne sont pas là des façons. Par-dessus tout, il aimait la paresse. Si Sandrine n’était pas morte avant son tour, d’un coup de froid, Dominique, à la fleur de son âge, n’aurait été qu’un assez triste citoyen ; à moins d’un miracle, bien entendu.
L’oncle Anselme prit donc son neveu par la main et l’emmena dans sa maison, qui était une maison autrement confortable que la chaumière de Sandrine. La première fois que Dominique voulut faire le malin, Anselme parla ainsi :
— Mon neveu, je t’apprendrai que les merles ne chantent pas comme les grives !
Et il moucha Dominique d’une gifle. Bien fait ! De la sorte, il n’y eut plus entre eux de malentendu. Au lieu de croupir dans l’oisiveté et tous les autres vices qui en sont les descendants directs ou collatéraux, Dominique prit le chemin de la vertu. D’abord, cela ne lui plut pas énormément, mais il marcha quand même : il le fallait bien, car l’oncle Anselme avait les mains dures. Il alla à l’école, où il apprit à lire, à écrire, à compter ; où il apprit le langage français, la conjugaison des verbes, les sous-préfectures, l’histoire, les fables, la morale, tout… Et son cœur se tourna vers le bien.
L’oncle Anselme avait un fils ; ce fils se nommait Victor. De quatre ans plus âgé que Dominique, il était par conséquent plus fort et, quand il lui prenait envie de battre son cousin, il ne s’en privait pas. Malgré cela, Dominique l’aimait beaucoup ; d’abord parce que c’était son devoir, ensuite parce que Victor était un garçon inimitable, ne craignant rien, ne respectant rien, un vrai lascar.
L’oncle Anselme aurait bien voulu mettre son fils sur le chemin de la vertu comme il avait fait pour son neveu, mais, avec Victor, c’était du temps perdu.
L’oncle Anselme était maître maçon ; il avait des ouvriers sous sa main et, parfois, conduisait de front plusieurs chantiers. Il se disait :
— Mon fils apprendra le métier ; il me secondera, puis il me remplacera ; je serai heureux sur mes vieux jours.