Déçue pour la seconde fois, elle ne fit que s’entêter davantage.

Elle allait maintenant à l’école, et elle pensait que sa maîtresse, fort savante, aurait pu la tirer de peine ; mais cette vieille personne parlait avec un tel mépris de certaines « façons garçonnières », qu’il eût été fou d’attendre beaucoup de ses leçons. Claude employa donc un autre moyen : elle apprit à lire. La personne qui sait lire ne possède-t-elle pas, en effet, la clé d’or qui ouvre les portes de tous les palais de la science ?

Claude espérait bien, en prenant son temps, découvrir dans les livres la solution du problème. Elle se jeta donc dans l’étude tête baissée, au mépris de toute prudence, négligeant même les plus élémentaires précautions.

Elle apprit des histoires, des farces, des tours de physique. On ne sait pas tout ce qu’elle apprit ! Mais, au bout du compte, elle ne trouva pas ce qu’elle cherchait. Car il n’y a pas seulement la science, il y a encore la magie ; et toute la vérité n’est point contenue dans les livres.

Chemin faisant, Claude prit quand même ses quinze ans.

Et elle était toujours fille !

Elle était même très jolie fille. Tous les garçons du voisinage voulaient jouer avec elle comme autrefois.

Alors sa mère fit entendre ses lamentations, car c’était une femme difficile à contenter.

— Quel malheur ! gémissait-elle, ma fille a quinze ans !… Quelle tristesse ! elle est presque aussi jolie que je le fus à son âge !… Et ces petits cochons d’Inde qui veulent jouer avec elle !… Qu’adviendra-t-il de tout cela ?… Je le sais bien, pardi, ce qu’il en adviendra !… Mère infortunée, que ton sort est misérable ! Heureuse, trois fois heureuse, celle qui a donné le jour à un garçon ! car un garçon, lui, remet son chapeau sur sa tête et dit : « Bonsoir, la compagnie ! »

Elle rabâchait sans cesse des propos de cette qualité. Ce n’était guère encourageant pour la pauvre Claude qui faisait tout ce qu’elle pouvait. Comme elle ne voulait point manquer de respect à sa mère, elle n’avait que la ressource de barboter plus avant dans ses livres ; ce qu’elle faisait avec un courage que chacun ne pouvait s’empêcher d’admirer. Mais elle avait le cœur bien gros et, à quinze ans, c’est là une maladie des plus gênantes.