Un matin, Claude eut une terrible crise de nerfs. Si son père s’était trouvé à la maison, il lui aurait envoyé deux ou trois gifles ou un seau d’eau à la figure ; du moins, tel aurait été son devoir. Mais son père n’était pas là et la malheureuse, sans une larme, brûla tous les livres qu’elle avait adorés ; puis, se précipitant hors de la maison, elle se mit à courir à travers champs, comme une folle.
Elle n’alla pas au bout du monde. Dès que ses nerfs furent calmés, elle se laissa choir sur un tapis de mousse, après avoir relevé sa robe, et là, elle s’endormit profondément, écrasée de fatigue. Mais, à son réveil, le chagrin remonta du fond de son cœur ; elle se mit à gémir et à sangloter.
Elle entendit quand même une voix qui disait :
— Qu’avez-vous donc, la belle ? qu’avez-vous à pleurer ?
Levant la tête, elle aperçut, à travers ses larmes, un grand bonhomme qui avait une blouse blanche, une barbe blanche et les pieds nus.
— Vous ne voyez donc pas, cria-t-elle, que je ne suis qu’une fille ?
Le bonhomme répondit, d’une voix très douce :
— Pardonnez-moi, mon enfant, mais je m’en étais douté du premier coup. Je vous dirai même que vous êtes une très jolie fille. Je me promène dans ces bosquets depuis des années et des années, et j’ai contemplé de nombreuses demoiselles endormies sur la mousse… Eh bien ! je dois à la vérité de reconnaître qu’à côté de vous, toutes les autres n’auraient pas existé.
A ces mots, Claude essuya son nez et commença d’y voir beaucoup plus clair.
— C’est bien possible ! dit-elle ; mais ma mère voudrait que je fusse un garçon. Elle m’a assuré que les garçons remettaient leur chapeau sur leur tête en disant : Bonsoir, la compagnie !