— Je serai garçon avant même d’être arrivée à la maison : c’est maman qui va être contente !

Elle prit donc une corme et commença de la mâcher.

C’était très mauvais ! Elle ne s’attendait point à ce que cette petite chose lui fondît dans la bouche ; cependant, elle fut surprise de constater combien cela était difficile à avaler. Au prix de grands efforts, Claude parvint néanmoins à faire passer cette première corme. Et, aussitôt, elle mit la seconde dans sa bouche, comme il lui avait été indiqué.

Celle-ci se défendait encore mieux que la première !

— Je n’aurai pas terminé quand j’arriverai à la maison, pensa Claude. Asseyons-nous donc !

Elle s’assit, après avoir relevé sa robe et, avec un courage digne des plus grands éloges, elle continua de mâcher.

Saleté de saleté !

Claude rougissait, verdissait, rougissait encore ; quand l’amertume lui passait dans la moelle des os, elle frémissait de la tête aux pieds. Mais, intrépide, elle mâchait toujours.

— Je te ferai quand même ton affaire ! pensait-elle en crispant les poings.

Elle avala en effet la seconde corme, en beaucoup plus de temps qu’il n’en faut pour l’écrire à la machine.