Et en avant la troisième !
Cette fois ce fut atroce ! On répugne à se représenter une scène aussi pénible ! D’un côté, la corme. De l’autre, une belle jeune fille dont l’opiniâtreté n’a peut-être jamais été égalée, une belle jeune fille qui se roulait sur le bord de la route et murmurait, les dents férocement serrées sur sa proie :
— Je te boulotterai !
A la fin, le bon droit triompha : la troisième corme fut avalée. Alors, Claude, sans hésiter, prit en sa poche la quatrième, la cinquième et les deux dernières et les envoya au diable ou, du moins, dans la direction.
Elle continua son chemin, la bouche ouverte au vent du soir et elle versait abondamment des larmes amères. Peu à peu, cependant, elle se fit une raison. Tout espoir n’était pas perdu ; il n’y avait qu’à recommencer.
Dès le lendemain, elle recommença. Mais, cette fois, moins courageuse ou moins affamée, elle ne put manger que deux cormes et cracha la troisième avec fureur.
Elle comprit enfin que l’épreuve était très sérieuse. Mais elle ne ressemblait pas à ces poules mouillées que le moindre effort rebute. Ayant envisagé froidement les difficultés, elle se jura de les surmonter.
Au troisième essai, elle mangea quatre cormes ; puis elle tomba à trois, alla ensuite jusqu’à cinq et pensa en crever…
Changeant alors de tactique, elle attaqua plusieurs cormes à la fois, espérant ainsi en avoir plus vite raison : elle échoua misérablement. Un autre jour, elle tenta d’utiliser la surprise, essaya de happer une corme au vol, comme les chiens happent les mouches : la corme se jeta tout droit dans la fausse gorge de Claude et la pauvre fille, cette fois, faillit bien y passer !
Avec tout cela, le temps avait coulé ; la saison, qui ramène tout, avait fait jaunir les derniers fruits. Il fallut attendre une année entière avant de reprendre la lutte.