Claude, durant cette longue trêve, ne s’abandonna point à une coupable oisiveté. Chaque jour, elle se livrait à des exercices gradués, suçant du fiel, mâchant, avec une froide énergie, des os, du caoutchouc ou des nerfs de bœuf. Le reste du temps, elle le passait en oraisons pour fortifier sa volonté.
Aussi quand la saison fut revenue, connut-elle le plus beau succès : malgré une résistance désespérée, les sept cormes y passèrent du premier coup.
Quelle joie !
Claude, aussitôt, voulut annoncer sa victoire à sa mère.
— Soyez heureuse ! dit-elle ; je suis devenue garçon !
— En es-tu sûre ? demanda cette mauvaise femme avec un rire insolent. Attends un peu ! je vais te secouer la poussière… et puis te fourrer au couvent, pour t’apprendre à raconter des imbécillités !
Claude se retira, vexée.
— Je dois pourtant bien être garçon ! murmurait-elle.
Pour en avoir la preuve, elle regarda… Et, paf !… elle tomba à la renverse, comme foudroyée !… Elle n’était pas garçon !
Quel désespoir ! quelle honte ! quelle fureur !