— Maman ! conduisez-moi dans le monde…
— Non ! répondit la mère, car la vie est trop chère !
— Maman ! il faudra aussi que je fréquente assidûment chez mes amies… et je tiendrais enfin à me faire admirer par les garçons.
— Veux-tu parier, dit la mère, que je te fourre au couvent, une bonne fois ?
— N’en faites rien, dit Claude, si vous voulez être heureuse, un jour !
Elle avait prononcé ces mots d’un air si mystérieux que la méchante femme n’insista pas.
Alors Claude en profita pour bouleverser les tiroirs où l’on conservait pieusement la toilette de jeunesse de sa mère et de sa mère-grand. Quand elle eut trouvé tout ce qu’il fallait, elle rejeta avec dédain toutes ses parures, ses vêtements les plus coquets et les mieux ajustés. Puis elle s’habilla, se chaussa, se coiffa, suivant l’usage antique, mais moins solennel qu’on ne prétend. Sa mère la regardait, bouche bée, l’œil arrondi d’inquiétude.
— C’est la conséquence d’un vœu ! expliqua Claude. Surtout, laissez-moi faire, si vous voulez avoir du bonheur, une fois dans votre vie !
La mère, qui était sur le point de s’élancer, prit le temps de la réflexion et, finalement, n’osa intervenir.
Cependant, cette femme cruelle ne voulut pas conduire sa fille dans le monde.