Claude voulut orienter la conversation vers les sciences, particulièrement vers l’astronomie et les méthodes d’arpentage où elle était de première force. Les autres, scandalisées, ne la suivirent point sur ce terrain. Toute la soirée, il fallut feuilleter les journaux de modes et les catalogues des grands magasins. Et le lendemain, et les jours suivants, Claude dut recommencer en compagnie de ses amies et des amies de ses amies, que celles-ci se faisaient un plaisir de convoquer.

Naguère, dans les circonstances difficiles, lorsqu’elle sentait le rouge de la colère ou de la honte lui monter au front, vite, elle ouvrait son petit sac et mettait de la poudre. Maintenant, cette ressource même lui manquait, car elle n’avait plus ni sac ni poudre…

On devine quel fut le martyre de la pauvre fille.

Elle tenait ferme, pourtant. Mais la nuit, sous peine d’étouffer, il lui fallait passer sa rage sur son oreiller qu’elle mettait en pièces après l’avoir trempé de ses larmes.

— Heureusement, pensait-elle, il sera moins désagréable de se faire admirer par les garçons : ils sont bêtes, mais rarement méchants.

Hélas ! cette dernière partie du programme devait être bien pénible encore !

Les garçons étaient bêtes, en effet, si bêtes qu’ils n’y comprenaient plus rien. Le plus souvent, ils battaient en retraite, pour aller trouver Marie, ou même Jeanne, qui n’était cependant point belle, mon Dieu ! Au reste, quand ils ne fuyaient pas, c’était encore plus triste ! Ayant perdu tout entrain, ils demeuraient là sans rien dire, plantés comme des sycomores ; ou bien ils adressaient à Claude des propos marqués au coin du respect le plus pur, le plus déplacé.

Ce fut, pour la pauvre fille, un coup terrible. Elle en perdit le boire et le manger.

Aussi était-elle bien amaigrie, bien changée, le jour où elle s’en fut, pour la troisième fois, vers la grotte où vivait l’Ermite du bois.

Celui-ci, fort occupé à tuer ses poux, eut peine à la reconnaître. Mais Claude parla.