— J’ai l’avantage de t’annoncer que Marthe, ton amie, qui devait épouser le Prince Charmant, vient d’être abandonnée par son fiancé.

Claude, à ces mots, joignit les mains.

— Est-ce possible ? s’écria-t-elle ; Marthe, l’honneur de notre ville ! Marthe, la parure de notre société ! Courons, ma mère ! courons empêcher ce malheur, s’il en est encore temps !

— Allons ! n’exagère pas ! dit la mère.

Elle croyait que Claude jouait la comédie… Pour l’éprouver, elle ajouta aussitôt :

— En revanche, je viens d’apprendre que Jeanne a enfin trouvé un amoureux… un aveugle, sans doute, car la pauvre fille est bien laide !

Claude joignit encore les mains, mais avec ravissement, cette fois.

— Heureuse Jeanne ! Son bonheur m’emplit moi-même d’une joie profonde ! A ce sujet, ma mère, je vous invite à ménager vos expressions, quand vous parlez de mes amies… Jeanne n’est pas laide, comme vous avez eu le front de l’insinuer. Elle est même beaucoup plus jolie que je ne le serai jamais.

Alors, la mère épouvantée :

— Ciel ! quel est ce mal soudain ? Claude ! Ma pauvre petite Claude !… Mets-toi bien vite au lit… pendant que je cours chercher le médecin !