Un jour, comme il faisait un joli soleil printanier, elle porta Placide sous un arbre à une vingtaine de pas de sa porte et Placide, sans en demander plus long, se mit à se rouler à l’ombre de cet arbre.

Aussitôt, la nourrice retourna vers sa maison, pour se faire des grimaces au miroir.

Derrière elle, un jeune homme vint en chantonnant. Il passa près de Placide et Placide fit semblant de ne point le connaître, bien qu’il l’eût aperçu déjà plusieurs fois. L’homme entra dans la maison et ferma la porte plus qu’à demi. Cet homme était fort et très hardi. La nourrice aurait pu se sauver, car la porte n’était pas complètement fermée ; ou bien, tout au moins, elle aurait pu crier, il nous semble ! Cependant, elle ne cria ni ne se sauva. Imprudence ? curiosité ? affolement ? Malin qui le dirait !… A moins que… Mais bref !

L’homme était donc dans la maison depuis un bon quart d’heure et rien n’indiquait qu’il songeât à en sortir, lorsque la porte s’ouvrit lentement, doucement et Placide se présenta…

La nourrice, voyant cette porte ouverte jeta, enfin ! un grand cri et l’homme jura, fort en colère. Alors Placide fit : chut ! chut ! chut !… Mais ils eurent à peine le temps de l’apercevoir : dans l’instant qu’ils faisaient de grands gestes soudains, Placide disparut, ferma la porte presque tout à fait et s’en retourna vers son arbre.

La nourrice le trouva quelques minutes plus tard, assis, toujours à la même place et se frottant l’abdomen avec une application sérieuse. Elle ne put en croire ses yeux, se demanda si elle n’avait point rêvé. Néanmoins, soulevant l’enfant par un bras, elle le fessa, pour le principe.

On admit généralement que ce fut en cette occasion que Placide fit ses premiers pas. Cependant, il reste des doutes ; peut-être, après tout, n’était-ce point là son coup d’essai…

Quoi qu’il en soit, à partir de ce jour, il marcha seul, indiscutablement. Et sa nourrice n’en fut pas plus heureuse. Elle aimait beaucoup faire la conversation avec ses amis ; bien entendu, elle continua de les recevoir, à tour de rôle, mais le damné Placide lui causait des peurs préjudiciables à la santé. Bien qu’elle prît soin de l’éloigner, il se trouvait toujours là, au bon moment, pour secouer le loquet ou jeter de petits cailloux dans les vitres. Quand elle accourait pour l’explication, il avait déjà tourné le coin du mur.

Placide arrivait, ainsi, régulièrement, aux lieux où sa présence n’était pas désirable. Le plus souvent, d’ailleurs, il disparaissait aussitôt, comme une ombre. Nul enfant ne fit jamais moins de bruit en marchant ; il semblait toujours piétiner de la laine.

Quand il fut un peu plus grand, il entra en relations avec d’autres enfants du voisinage. Si ces jeunes garçons et fillettes avaient eu un peu d’expérience, ils auraient, sans doute, été bien vite étonnés par les manières de Placide. Mais ils ne songeaient qu’à rire comme des imbéciles, à hurler, à se battre et ne remarquaient pas grand’chose. Ils commençaient, par exemple, à jouer à quatre ; tout à coup, ils se trouvaient cinq !… Placide s’était glissé parmi eux, sans dire ouf !…