Comme ils ne cachaient guère leurs intentions, comme ils criaient même à tue-tête, Placide, silencieusement, combinait ses petites ruses et gagnait à tout coup. Alors cela finissait malgré tout par se gâter. Mais, lorsque les camarades s’élançaient au combat, ils plongeaient dans le vide ou bien se heurtaient les uns contre les autres : Placide venait tout juste de s’esquiver.
Le lendemain, il recommençait.
Il aimait assez de telles rencontres dont il revenait bien rarement les mains vides. A la maison, les amis de sa nourrice apportaient, certes, des cadeaux, mais ce n’étaient que des cadeaux inutiles, non des jouets ou des friandises. Les camarades, au contraire, recevaient à profusion, de leurs parents, des choses belles et bonnes ; alors Placide se débrouillait parmi ces nigauds.
Ce qui lui plaisait singulièrement, c’était de voir les autres écarquiller les yeux, puis, perdant toute retenue, pousser des cris sauvages, parce qu’une bille avait disparu ou qu’un bonbon s’était envolé.
Il ne tarda point à s’intéresser aux affaires des grandes personnes. Il se coulait dans l’entrebâillement d’une porte sans faire plus de bruit qu’une petite souris. Il visita les maisons du voisinage, de la cave au grenier ; ce ne fut pas toujours sans profit.
Bientôt, il en vint à négliger les jeux de son âge innocent ; on ne lui connut plus qu’une seule occupation, entre toutes passionnante : écouter aux portes.
Dieu seul sait ce qu’il entendit ! Il ne comprenait pas tout, évidemment ; néanmoins il acquérait ainsi des connaissances précieuses, qu’il gardait avec soin pour s’en servir au besoin.
A sept ans, il était beaucoup plus instruit que nombre d’enfants d’un âge moins tendre qui avaient cependant fréquenté l’école et reçu les meilleures leçons.
Ce fut un peu après sept ans qu’il devint lui-même écolier. Sa nourrice, plusieurs fois, avait bien déjà essayé de le conduire en classe. Mais elle était bonne, faible, et même un peu bavarde — si, du moins, les renseignements fournis sur son compte sont exacts. — Pendant qu’elle échangeait quelques paroles avec d’autres femmes, sur le chemin de l’école, elle ne sentait point que la main de Placide glissait dans la sienne. Au moment de repartir, elle remarquait seulement qu’elle avait perdu l’enfant. Et elle reprenait la conversation avant de retourner sur ses pas pour le chercher.
De telle sorte que Placide courait la chance de n’avoir jamais beaucoup d’orthographe.