D’où provenait ce trésor ? Il y a là un mystère troublant.
L’expliquera qui pourra.
La guerre terminée, il y eut encore du bon temps, pour les gens de commerce et assimilés, car tout était bouleversé et personne ne cherchait à comprendre.
Certains particuliers, avec qui Placide avait eu déjà, sans doute, quelques relations d’affaires, avançaient à grandes enjambées. Placide suivait ces drôles d’entrepreneurs. Il les suivait sur la pointe des pieds, comme son tempérament l’exigeait ; cela ne l’empêcha point d’amasser secrètement de nouvelles richesses.
Comme il écoutait toujours aux portes, et même avec une attention de plus en plus grande, il apprenait bien des choses sur bien des gens, des choses excellentes à savoir.
Il arrivait à vingt ans et la loi exigeait qu’il fût soldat. Il ne fut cependant point soldat, ou si peu qu’il vaut autant n’en pas parler. La faute en revient, dit-on, à des médecins qui lui trouvèrent les genoux trop pointus et le dos trop rond. Mais qu’en sait-on ? Sur de telles questions, il est, d’ailleurs, peu délicat d’insister.
L’important est que Placide revint au pays qui lui avait donné le jour et qu’il connaissait comme sa poche.
Il y était à peine réinstallé que, tout d’un coup, sa bonne nourrice mourut. Paf !… Ici, aucun doute, la nourrice mourut un mardi matin, d’une indigestion de moules dont le vert-de-gris lui passa dans le sang. Pas plus tard que le jeudi, on l’enterra et cela fit le compte.
Ceux qui avaient du temps à perdre pensèrent plaindre ce pauvre Placide qui se trouvait tout seul maintenant, sans personne pour s’occuper de sa nourriture et de son linge. Mais, déjà, soit qu’il ait voulu donner libre cours à son chagrin loin des badauds, soit pour toute autre raison, Placide s’était éclipsé… On le chercha, ou l’on fit semblant ; puis on passa à un autre exercice.
L’absence de Placide dura plusieurs mois. Remarquons toutefois que ce mot d’absence ne convient peut-être pas du tout. Personne ne rencontra Placide, c’est un fait ! Mais qui donc procéda à des investigations méthodiques ? Qui oserait jurer que Placide ne se présenta point à ses compatriotes sous des apparences diverses mais également trompeuses ?