On a même chuchoté, depuis, que certains incidents singuliers, sur lesquels, à l’époque, s’exerça vainement la sagacité de chercheurs assermentés, ne seraient pas demeurés inexpliqués, si l’on avait songé que Placide avait fort bien pu passer par là… Mais de telles suppositions sont bien tardives et ne reposent sur aucun témoignage irrécusable. Il convient de ne les accueillir que sous bénéfice d’inventaire. Et, d’abord, il s’agirait de savoir si les personnes qui les émirent n’y avaient point quelque intérêt, n’étaient point, en un mot comme en cent, des canailles.

On perdit bel et bien la trace de Placide pendant plusieurs mois : voilà la vérité. Il est triste de constater que, pendant tout ce temps, on ne pensa pas plus à lui que s’il n’avait jamais existé.

Il ne devait pas tarder à avoir sa revanche.

Un beau matin, en effet, il y eut dans le pays une entreprise Placide et Cie, au capital entièrement versé.

Placide était marié et installé, avec sa femme, ses valets et ses commis, dans une demeure autrefois seigneuriale, mais que l’on avait bien décrottée.

Du coup, les plus malins furent assis.

Et, cette fois, Dieu sait si le nom de Placide revint souvent dans la conversation !

Bien qu’on lui reconnût de grands talents, bien qu’on le soupçonnât d’avoir amassé lui-même un trésor, on admit, non sans apparence de raison, qu’il devait sa récente splendeur à son mariage.

Ceux qui n’étaient pas encore mariés rêvaient d’un coup semblable ; et ils auraient bien voulu savoir la façon de s’y prendre !

Mais, avec Placide, il n’était pas facile d’obtenir des confidences sur un pareil sujet. Il ne ressemblait en rien à certains fats — nous les nommerions si nous voulions — qui font tant de merveilles en paroles qu’il ne leur reste plus une minute pour agir.