Il écouta ses meilleurs amis, des hommes, des femmes, des vieillards qui avaient déjà un pied dans la tombe, des enfants qui agissaient sans discernement : tous eurent à son adresse des paroles désagréables qui ne l’intéressèrent pas du tout.
Des ivrognes citaient son nom en des chansons joyeuses, mais dégoûtantes ; des coquettes tenaient sur la belle Hélène et sur lui-même des propos que l’on ne répète pas en bonne société.
Un jour, il écouta des joueurs : ils l’accusaient précisément d’avoir des cartes truquées et de faire sauter la coupe. Une autre fois, il écouta des médecins ; à leur avis unanime, il n’en avait pas pour longtemps.
Tout cela, au fond, ne lui faisait pas bonne bouche. Et, pourtant, il ne pouvait pas s’empêcher de prêter l’oreille… On ne se fait pas soi-même et l’on se refait difficilement. Une voix intérieure commandait à Placide : marche ! marche toujours sur la pointe des pieds !
S’armant de courage, il se glissa sans y être invité chez ses concurrents, chez ses ennemis même. Là comme ailleurs, on discutait sur son cas. Mais il ne s’agissait plus de plaisanteries ! Ces messieurs se proposaient tout simplement de faire passer dans leurs caisses le trésor de Placide et ceux de ses clients. Pour mener à bien cette opération, on projetait de mettre Placide et Cie en relation avec la justice du pays.
— Tout d’abord, prévenons les gendarmes ! disait un de ces messieurs.
Placide ne voulut pas en savoir davantage ; ce qu’il avait entendu lui suffisait largement pour se faire une opinion.
Il revint donc chez lui ; mais personne ne put savoir quels furent ses sentiments et ses intentions. A deux voisins qui l’interrogeaient sur sa santé, il répondit : chut !… chut !… puis il s’esquiva comme un jeune homme très pressé.
Les voisins ne s’en étonnèrent pas, car il avait, en effet, fort à faire chez lui.
Profitant de son absence, les nouveaux commis s’étaient débrouillés de leur mieux. Eux aussi pensaient qu’il fallait priver Placide de ses richesses et des richesses des clients. Mais, s’ils étaient d’accord sur cette question primordiale, ils se méfiaient les uns des autres et se disputaient à l’avance pour le partage.