Le premier commis l’accablait de prévenances. Quant à la belle Hélène, elle ne craignait pas de donner publiquement à son époux les doux témoignages de sa tendresse.
Souvent Placide était invité à quelque petite excursion, à une gentille partie de canotage, par exemple. Il regrettait bien, mais impossible d’accepter : des clients attendaient à sa porte…
Cependant, le jour où les derniers clients eurent apporté leur trésor, Placide n’eut plus de bonne raison pour refuser. Il consentit d’autant plus volontiers à s’accorder cette partie de plaisir qu’il prévoyait, pour un avenir très prochain, des ennuis du côté des concurrents et des gendarmes.
Il suivit donc la belle Hélène et le premier commis. Mais, dès que ceux-ci eurent embarqué, Placide poussa le bateau de la pointe du pied et revint à la maison, car il avait, disait-il, oublié quelque chose de première importance.
Le bateau gagna le milieu du fleuve où le courant était rapide. Tout à coup, la belle Hélène et le commis se levèrent en poussant des cris d’effroi : le bateau s’enfonçait ! Il disparut dans les flots écumeux, entraînant les deux infortunés qui se noyèrent sous les yeux des spectateurs impuissants…
Pendant que de courageux citoyens se mettaient à la recherche des cadavres, on alla prévenir Placide, avec tous les ménagements nécessaires. Mais, dès les premiers mots, il entrevit l’affreuse vérité. Alors, il eut une crise de violent désespoir ; il roulait des yeux égarés et poussait des cris déchirants. Puis, brusquement, il parut se calmer ; on put lire sur son visage une résolution farouche. Il prit sa course et disparut…
Et s’il ne s’est pas arrêté depuis ce moment-là, il a dû faire un bout de chemin !…
C’est ici la fin du récit des bons vieillards.
Et les pauvres enfants, qui dorment depuis longtemps déjà, n’ont pas l’habitude d’en exiger davantage.
Alors les grandes personnes commencent à s’inquiéter.