Pour commencer, Camille fut durement puni. Puis il comparut devant un grand bonhomme sévère qui lui fit un discours semblable aux discours de M. Loubiau, mais plus long et mieux balancé. Camille apprit ainsi : 1o que la loi des hommes est le travail et la douleur, non le jeu ; 2o que la vie de collège est l’apprentissage de la vie en société ; 3o que, par conséquent, on ne vient pas au collège pour s’amuser.

Camille avait encore, intact, son bon sens naturel. Il lui parut un peu étonnant que, sous le fallacieux prétexte qu’il pourrait être malheureux plus tard, il lui fallût, dès à présent, se mortifier et se priver des plaisirs les plus innocents. Oui, cela lui parut un peu fort. Cependant il ne manifesta aucun doute, se contentant de garder par devers soi son opinion sur la bonne foi des grandes personnes.

— Si je ne dois pas m’amuser ici, pensait-il, j’aurais aussi bien fait de rester à la maison… Heureusement, se disait-il encore, la table est un peu mieux servie que chez mon père. Je n’ai encore vu ni haricots ni pommes de terre et l’on boit un liquide qui ressemble à du vin.

Hélas ! sur ce point également, il ne fut pas long à déchanter ! Le soir même, les haricots firent leur apparition, salués comme de vieilles connaissances par les anciens du collège. C’étaient des haricots rouges, assez gros et recouverts d’une écorce luisante, agréables, en somme, à considérer.

Un usage antique et vénérable voulait que les collégiens nouveaux venus les attaquassent, en ce premier jour, non point avec une fourchette ou une cuiller, mais avec une aiguille à tricoter. Les haricots s’esquivaient, glissaient, roulaient comme des billes de verre, et, enfin bloqués, opposaient encore une résistance opiniâtre. Certains pauvres garçons, en cette occurrence, suèrent à grosses gouttes, n’en pouvant venir à bout. Camille, au contraire, réussit assez bien ; l’aiguille qu’il avait reçue d’un ancien était acérée et ni l’adresse ni la force ne lui manquaient. Le jeu lui plut et ces premiers haricots passèrent comme lettre à la poste.

Mais, le lendemain matin, parurent les pommes de terre, puis les haricots revinrent et les pommes de terre et encore les haricots !… Et le vin des carafes pâlissait à mesure !…

Les anciens du collège ricanaient en regardant la mine allongée des nouveaux venus. Camille, qui avait un faible pour les bonnes choses, en venait à regretter, sinon les repas de famille, du moins la table des domestiques, cette table où l’on mangeait mal mais où l’on riait de bons coups et où tout était permis.

— Mon Dieu ! murmurait-il, que je suis donc fatigué d’avaler tristement ces tristes féculents !

D’autres pensaient comme lui. Un beau jour ils quittèrent la table et tous ensemble, sautelant, se bousculant, ils allèrent trouver leurs maîtres et risquèrent une plainte.

On leur répondit :