Une fois, il faillit lui arriver une méchante aventure par la faute d’une femme chez qui il travaillait de son métier. Cette femme, qui avait un vieux mari, parlait à Dominique sans dureté. Un jour, à midi, Dominique, assis sur un banc, la tête basse selon son habitude, mangeait tranquillement son pain avec du fromage. Cette femme vint à côté de lui sans faire de bruit et lui passa la main dans les cheveux ; puis elle lui tendit un verre de vin qu’il but avec plaisir, car il avait soif.
— Merci, madame ! dit-il.
Mais la triste créature se laissa choir, toute molle, sur les genoux de Dominique et lui pinça le menton en murmurant :
— Comme remerciement, ce n’est pas assez, mon petit pigeon !
Dominique leva les yeux vers cette femme, et il vit qu’elle était laide. Alors il pensa à Mariette qui était si jolie, à Mariette qu’il aimait pour la vie, et qui, cependant, ne lui avait jamais passé la main dans les cheveux. Il fut tout à coup si triste, qu’il se mit à pleurer. Et il s’en alla à son chantier sans avoir achevé son pain ni son fromage.
C’est ainsi qu’il échappa aux inconséquences de la femme qui avait un vieux mari.
Or, deux jours plus tard, cette femme qui ne se décourageait point, passa la main dans les cheveux d’un autre garçon et lui offrit du vin blanc en l’appelant petit lapin. Le jeune garçon n’aimait personne à la folie ; quand la femme se laissa choir sur ses genoux il ne remarqua point qu’elle était laide et, au lieu de pleurer, il se mit à rire. La chambre où il se trouvait avec cette femme n’avait qu’une porte, mais ni l’un ni l’autre n’y faisaient attention parce qu’ils étaient très occupés et bien contents. Le vieux mari arriva là-dessus, plan ! plan ! tout à coup. Et la dame, aussitôt, de sauter comme une chèvre vers la porte en s’égratignant la poitrine et en criant, à se rompre la gorge :
— Au secours ! Protégez-moi !… Sauvez-moi !…
Le vieux mari la reçut entre ses bras et pensa choir.
— Voyez ce brutal !… il a déchiré ma robe !… il m’a tordu les poignets !… Protégez-moi !…