— Votre bonté, monsieur, ressemble à de la faiblesse… Mais je vous prie d’agréer mes excuses personnelles. Je me suis permis en effet de faire quelques remarques sur votre façon si originale de nager ; or ces remarques, vous en êtes encore à vous demander si elles venaient d’un honnête homme ou d’un de ces vulgaires fripons comme on en rencontre tant, hélas ! à notre époque. Il est bien tard pour me présenter à vous : souffrez que je le fasse cependant.

Le bonhomme s’arrêta et prononça les mots suivants, nettement scandés :

— Albert Pioutre, professeur en retraite, officier de l’Instruction publique et du Mérite agricole, lauréat de l’Académie des Belles-lettres de Fontenay-le-Comte.

Isidore, qui n’avait jamais eu que le prix de bonne conduite et de persévérance, s’inclina, fort impressionné.

— Charmé, monsieur !… très honoré !… Mon nom, à moi, est Duribouc… Isidore Duribouc… Je suis propriétaire.

— Qu’il me soit permis, monsieur, de vous en féliciter… Hindenbourg ! suivras-tu, macaque ?

Isidore pensa qu’il était en reste. Il en rougit.

— Je vous félicite aussi, dit-il, pour vos succès mérités auprès de l’Académie de Fontenay-le-Comte. Fontenay-le-Comte est une ville que je connais et que j’estime. J’ai chassé plusieurs fois chez un ami, du côté de Fontenay-le-Comte. Il y a du lièvre par là, et de la perdrix rouge.

— Oui, dit M. Pioutre, mais il n’y a pas la mer.

— Ma foi, répondit Isidore, moi, je me passe très bien de la mer… A vous parler franchement, la mer ne me dit rien ; je n’aime pas la mer.