A ces mots, le bonhomme s’arrêta.

— Monsieur, dit-il, si vous pouviez supporter le voisinage du hideux mouchard que je tiens enchaîné, nous irions nous asseoir sur cette petite dune artificielle que les mains innocentes des enfants ont élevée.

Ils s’assirent et M. le professeur Pioutre, sévèrement :

— Vous n’aimez pas la mer… dites-moi donc ce que vous lui reprochez.

L’élève Isidore se trouva bel et bien collé. Certes il n’aimait pas la mer mais il lui semblait très difficile d’exposer congrûment ses griefs et de les classer par paquets distincts et par ordre d’importance comme il eût été convenable de le faire : primo, secundo…

Le professeur lui tendit la perche.

— Le séjour au bord de la mer serait-il préjudiciable à votre santé ?

— Non ! pas précisément !… mais je vous le dis, la mer m’embête.

Voyant qu’il n’obtiendrait rien de satisfaisant, M. le professeur Pioutre marqua mentalement le zéro et, à grands traits, développa le sujet.

— La mer vous embête parce que le logement provisoire que vous occupez est exigu, peu confortable et visité par de nombreux insectes… Cette ville, monsieur, est en proie aux puces… D’autre part, les paroles que vous prononçâtes tout à l’heure à propos de Fontenay-le-Comte me permettent d’affirmer que vous songez avec mélancolie aux lièvres et aux perdrix rouges : la chasse est ouverte depuis deux jours… Vous demeurez ici mais contre votre gré. C’est donc que votre épouse vous tient… J’imagine cette épouse parée de toutes les grâces et de toutes les vertus ; cependant, je gage qu’elle ne vous laisse pas volontiers flâner seul sur la plage à l’heure du bain avec, en main, une paire de bonnes jumelles. Vous êtes tenu de l’accompagner ; vous devez garder son peignoir bien au chaud et peut-être organisez-vous de pénibles excursions… Vous n’êtes pas libre à l’heure de l’apéritif et il vous est impossible de jouer au bridge avec vos amis… si toutefois vous avez des amis dans cette ville…