Je remarquai ici, pour la première fois, un arbuste élevé, qui me rappela les casuarinas. Ses branches minces et dénuées de feuilles, toutes verticales, formaient un fourré épais, dans lequel se cachait le tronc vigoureux et presque d’une seule venue. D’innombrables petites fleurs, uniformément réparties sur toute la plante, couvraient les branches, et une capsule desséchée me montra de nombreuses graines surmontées d’une aigrette soyeuse.

Le nom tamachek de cette plante est ana[54]. Je ne l’ai rencontrée que rarement, au cours de ce voyage.

A 8 heures, nous prîmes la direction du nord, en suivant toujours l’oued Tafelamine, encaissé à cet endroit entre de hautes cimes qui portent le même nom. L’oued Nasaret est un affluent de gauche de l’oued Tafelamine, et non de droite, comme l’indique la carte de Duveyrier. En rectifiant cette petite erreur, je tiens à déclarer que cette carte m’a été excessivement utile, et qu’en général le livre de Duveyrier a été mon meilleur guide dans ce pays.

Pendant que nous cheminions le long de l’ouadi, je vis, près de la crête d’une paroi de roc à droite, une traînée noire, qui se prolongeait parallèlement aux couches horizontales de la montagne. On me dit que c’était une plante nommé telokat[55], qui ne se rencontre qu’à des endroits inaccessibles.

A 11 heures, nous étions en face de la haute montagne d’Aloumtaghil, qui force l’oued Tafelamine à faire un coude dans l’est. Nous quittâmes alors l’oued, et, remontant le lit d’un torrent dans la direction de l’ouest, nous gagnâmes l’oued Mihero. L’oued Tafelamine et l’oued Mihero se réunissent en aval, un peu au nord du mont Aloumtaghil.

Dès que nous eûmes franchi la muraille rocheuse qui les sépare, nous entrâmes dans un véritable fourré de tamarix et de tehak. L’oued Ireren lui-même ne s’était pas montré aussi touffu. Une liane nommée arenkad[56], aux feuilles en forme de cœur, enveloppait les plus hauts tamarix et déroulait ses longues spirales, du sommet de leurs branches ; elle formait un véritable réseau, qui transformait certains bouquets d’arbres en un fourré impénétrable.

Nous n’avancions qu’avec difficulté. Bien que nous fussions haut perchés sur nos montures, à chaque instant les branches des tamarix nous fouettaient la figure, et les têtes inclinées des roseaux nous dominaient encore[57].

Les chameaux finirent par renoncer à se frayer passage, et nous dûmes marcher dans le lit même de l’oued, rempli d’un sable fin, où nos bêtes enfonçaient profondément à chaque pas. Les reflets éblouissants de cette bande de sable imitent à s’y méprendre ceux d’une eau courante. Et l’illusion est entretenue par les hautes touffes d’herbe qui pendent le long des rives surplombantes, et par les roseaux qui bordent le lit des deux parts.

A 2 heures, nous fîmes halte au milieu de l’ouadi, devant un bouquet de roseaux, et Othman me dit : Voici le sebarbarh. J’entendais distinctement un clapotement liquide, et lorsqu’à l’aide de mes deux Touaregs, j’eus traversé le fourré à grand’peine, je me vis en face d’un petit bassin de 4 à 5 pieds de diamètre, à la surface duquel paraissaient sans cesse des bulles d’air : de là ce clapotement que les Touareg ont voulu exprimer par le nom de sebarbarh. La profondeur de ce bassin était d’environ 5 pieds près du bord.

L’eau en est assez insipide, à peine salée ; elle n’a aucune odeur. Les Touareg comparent naturellement ce bouillonnement à l’ébullition de l’eau sur le feu, et prétendent que la source est bouillante. Elle avait en réalité 37°5 centigrades, alors que le thermomètre à l’air en marquait 30. On dit qu’après de fortes pluies la source déborde et entraîne alors du sable avec elle. On voit, en effet, aux alentours, un dépôt blanchâtre qui provient de ces inondations.