19 déc. — Les Kel-Ouï sont venus demander si je veux louer leurs chameaux ou non ; j’ai dû leur répondre comme hier qu’il me fallait d’abord acheter des vivres. Personne ne veut me vendre du grain ; Staoui ne se donne d’ailleurs aucune peine, car il ne veut pas aller au Soudan. Mon embarras est grand. Si je manque cette occasion de partir, j’en chercherai une autre, car je suis résolu à ne pas rester ici, où je ne fais que perdre du temps et de l’argent. Safi, à qui j’ai confié quinze pièces d’or, me fait attendre la monnaie. Espérons que je ne serai pas déçu de ce côté-là !

20 déc. — Travaillé tout le jour à envelopper mes caisses de cuir.

22 déc. — Allé à la mosquée. Je n’ai pas été peu surpris, après la prière, d’entendre prononcer mon nom et une longue attestation de ma foi. C’est une lettre que le kadi adresse au hadj Bilkhou de l’Aïr, et qu’il fait lire au public.

La caravane voulait partir demain, mais j’apprends ce soir que onze chameaux manquent à l’appel et ont sans doute été volés à Titersine ; les Kel-Ouï vont donc rester encore quelques jours, ce qui me permettra peut-être de partir quand même. Si seulement Safi me rendait mon argent.

Oufenaït m’a dit aujourd’hui en présence de Safi qu’à aucun prix il n’irait avec moi chez les Hoggar, même si la paix était conclue, car ce sont des gens sans parole, et aucun de leurs hôtes n’est assuré de ne pas être assassiné par eux.

24 déc. — Safi ne m’a toujours pas rendu mon argent, que je lui avais confié pour qu’il en fît le change. C’est une honte. Sammit m’a offert de me donner des marchandises, mais je ne puis me procurer des vivres. Il ne manquerait plus que cela, que le kamakam gardât tout mon numéraire.

25 déc. — Mes Kel-Ouï se sont enquis avec insistance si j’ai enfin trouvé des vivres ; comme ils emmènent beaucoup de chameaux à vide, ils désirent fort s’assurer les quatre charges qui représentent mon bagage. Ils vont à Zinder, mais offrent de me mener où je le désire. Safi me conseille de m’arrêter chez hadj Bilkhou, à qui il me recommande, car à Agadès je ne connais personne et n’ai aucun soutien. Safi tarde toujours à me rendre mon argent !

Oufenaït me déclare aujourd’hui qu’il restera mon ami, que je lui donne ou non quelque chose ; c’est vrai, il est le seul qui n’ait rien mendié[92]. Aussi je regrette de ne pouvoir lui faire un beau présent, mais il recevra au moins quelque chose ; peut-être cela profitera-t-il à d’autres voyageurs.

L’Imam m’a demandé une médecine pour ses yeux, et m’a fait remarquer que lui aussi a droit à quelque chose, pour avoir lu la lettre de recommandation à la mosquée. Comment satisfaire à toutes ces exigences ?

26 déc. — J’ai prié Oufenaït de venir et lui ai donné un caftan rouge à manches brodées d’or. Il s’est écrié : maschallah ! Il ne s’attendait évidemment pas à un si riche présent. En quelques paroles chaleureuses, il m’a assuré que je pourrais visiter son pays aussi loin que je voudrais. Il a mis le vêtement et est retourné chez lui à grands pas, sans doute pour se faire admirer des siens. Sa joie faisait plaisir à voir.