27 déc. — Safi ne m’a toujours rien rendu. Je vais charger Abd-es-Salam de lui rafraîchir la mémoire. Comme je n’ai pas d’habits de fête, je ne suis pas allé ce matin à la prière publique.
28 déc. — Le Kel-Ouï, à qui Safi m’a recommandé, est venu voir mon bagage et m’a demandé avec impudence 25 réal par charge jusqu’à la résidence de hadj Bilkhou. Il voudrait me mener jusqu’au Soudan, pour gagner davantage, mais je ne puis payer ces prix-là, il ne me resterait rien pour vivre.
29 déc. — Amr Tchouaouch[93] me raconte qu’il a entendu Safi me traiter de kafir, et pense que je ne dois pas avoir confiance en lui.
L’Imam est venu me consulter pour ses yeux et je lui ai donné de bonnes lunettes, qui lui ont fait bien plaisir.
Je pense qu’il vaut mieux quand même que j’aille d’un coup jusqu’à Zinder ; j’attendrai là qu’on m’envoie de l’argent et irai ensuite à Sokoto ; mon présent sera certainement le bienvenu chez le sultan de Zinder. Peut-être les Kel-Ouï admettront-ils que je ne les paye pas immédiatement ; ils demandent pour cette deuxième étape la même somme que pour la première.
30 déc. — Cet après-midi, visite à Safi ; je n’ai rien reçu de lui, malgré ses précédentes assurances. J’ai fait part de ma déconvenue à Abd-es-Salam Sinam ; il m’assure que j’aurai mon argent. Il me dit que Sammit et lui ont eu un entretien avec le cheikh Bou-Bekr, et que celui-ci a fini par fixer ses exigences à un burnous et 2 réal. Comme cette demande est raisonnable, j’y consens et me débarrasse ainsi de mon dernier ennemi.
31 déc. — J’apprends que le cheikh Eg-Bekr est devenu subitement mon meilleur ami, et parle même de me retourner mon présent, pour montrer son désintéressement ! Il veut me recommander aux Touareg d’Aïr.
Ce matin, un soldat m’apporte l’argent que j’ai prêté à Safi ; mais il manque deux thalers, qui me sont rendus sur ma demande. La caravane part dans quelques jours. Hassan de Tounine veut aussi me donner une lettre pour son frère qui habite Zinder. Cette année finit bien, j’envisage l’avenir avec confiance.
1er janvier 1877. — Les Kel-Ouï viennent voir mon bagage. Ils ne comprennent pas l’arabe, de sorte que je vais être obligé d’apprendre le haoussa[94].
2 janv. — Sammit ne veut me donner des marchandises payables à Tripoli qu’avec une majoration de 25 pour 100. Aussi ne lui ai-je rien pris[95], et j’ai payé tout ce que je lui devais. Je suis allé chez Mahadi pour voir s’il pouvait me prêter un peu d’argent. Mais il ne m’a rien offert. J’ai acheté une robe noire et le turban assorti. Ce vêtement déteint terriblement, mais il est très chaud[96]. On s’amuse de me voir costumé de la sorte. J’ai fait peser mon bagage ; les Kel-Ouï se sont conduits très convenablement et n’ont pas cherché à me tromper. Leur chef s’appelle Bidoumas et m’est très sympathique. Je vais quitter Ghât avec la somme de 130 thalers Marie-Thérèse pour tout avoir.