3 janv. — Mahadi est venu me dire quelques mots de Tombouctou et s’en est allé en hâte ; on aurait dit qu’il avait peur d’une demande d’argent. Safi est aimable comme toujours.
5 janv. — J’ai fait souder la caisse d’échantillons de roche destinée à ma femme, et je l’ai fait remettre à Sammit[97]. Safi m’a donné quatre lettres pour les cheikhs et sultans de la route et m’a demandé en retour d’attester que je n’avais eu aucun sujet de plainte pendant mon séjour à Ghât. Enfin tout est prêt et l’on descend mon bagage. Mais alors on s’aperçoit que le Kel-Ouï n’a amené que deux chameaux au lieu de quatre ! Il propose de prendre la moitié des bagages, puis de revenir chercher l’autre ; Staoui entre dans une violente colère et déclare qu’il ne veut pas partir avec ces gens-là, et, comme je persiste, il fait vraiment mine de prendre ses affaires et de me planter là. Je finis par louer deux chameaux supplémentaires au prix exorbitant de 4 réal[98]. Restait à trouver un nouveau serviteur. J’allais me rendre chez Safi à cet effet, quand Staoui se ravisa.
Enfin, après toutes ces contrariétés, nous étions, à 5 heures, prêts à partir. Nous longeâmes les jardins de Barakat, qui s’échelonnent à une grande distance, et vers minuit nous arrivions à l’oued Isseyen : là, au milieu d’une plaine semée de petites dunes et de tamarix-éthels, nous trouvâmes campée la grande caravane ; elle était plongée dans un profond sommeil.
CHAPITRE IV
EN ROUTE POUR L’AÏR
5 janvier 1877. — Après une longue et désagréable discussion, je paye l’homme qui avait fourni les chameaux supplémentaires, et j’exprime à Bidouma l’espoir que ces extorsions ne se renouvelleront plus. Nous campons aujourd’hui, ce qui nous fait du bien, car nous étions venus de Ghât à pied. Au point où nous sommes, la vallée est déjà plus resserrée entre le Tasili et l’Akakous. Partout les mêmes couches de grès.
6 janv. — Ce matin nous cherchons en vain les chameaux qui doivent nous servir de montures : Bidouma nous a tout simplement oubliés. Il laisse crier tout le monde, et se tient coi, car il sait bien qu’il est en faute.
Enfin, nous partons à 10 heures[99], en remontant la rive droite de l’ouadi encombré de sable. J’y note à plusieurs reprises des ocres, couleur de cinabre, d’une grande pureté. Nous montons toujours. Les deux berges sont dénuées de végétation. La hamada s’étend des deux côtés de l’oued.