7 janv. — Nous partons à 11 heures, ayant le versant abrupt de l’Akakous à notre gauche ; à 1 h. 1/2 nous avons dépassé ces hautes murailles. Nous faisons halte au bout d’une plaine du nom d’Akaouf. On trouve sur le versant sud de l’Akakous beaucoup de dunes de sable qui sont pour ainsi dire adossées à la montagne.

Le Tasili semble maintenant plus bas. Partout de la pierre noire ; très peu de plantes. Çà et là quelques dunes, toujours amoncelées contre une paroi de roc.

8 janv. — Ce matin l’eau limoneuse que nous avions laissée déposer dans une jatte était gelée. J’ai promis de la nourriture à un des Kel-Ouï qui mène nos chameaux, et son attitude s’est immédiatement modifiée. Nous montons un peu et passons sur le Tasili semé de roches. A midi, vaste plaine et à droite une forêt de piliers de pierre qui couvrent un large versant et affectent souvent la forme de ponts. Des schistes bigarrés, tout semblables à ceux de Tayta[100], affleurent le long des grandes parois.

Nous faisons halte à 2 heures dans une vaste plaine. A gauche, quelques huttes et jardins : cet endroit s’appelle Arikine. Jusqu’ici nous avons eu à gauche de hautes croupes de montagnes et à droite, tout près, la surface peu élevée du Tasili. L’horizon s’élargit.

Quelques Touareg viennent du village ; ce sont de pauvres gens inoffensifs. Ils me racontent que les habitants de Djanet sont amis des Hoggar, qui ne leur ont jamais rien pris.

9 janv. — Nous remontons un petit ouadi qui descend vers Arikine, à travers un désert de pierres absolument nu, plus aride même que la grande Hamada el Homra ; seulement l’impression est moins terrifiante, à cause des formes changeantes des montagnes. On m’a montré une piste qui, me dit-on, mène d’ici à Bilma. Le pays devient plus plat ; après une montée dans les roches, nous traversons une nouvelle hamada[101]. Au loin, droit au nord, nous voyons encore une terrasse supérieure de l’Akakous, sur le flanc sud de laquelle on aperçoit des dunes ; devant nous, une ligne dentelée de montagnes noires ; au contraire, la ligne de crêtes que nous avions à gauche a disparu. La roche qui prédomine est encore le schiste de Tayta.

Nous faisons halte dans l’oued Eseti, dans une plaine couverte de débris de schiste et où la Fagonia arabica seule montre ses rameaux jaunâtres et desséchés[102]. Mon guide m’assure que l’oued Eseti suit la direction du sud-est.

10 janv. — Nous marchons d’abord vers l’ouest, sur une hamada complètement plane, puis nous tournons au sud. Nous allons vers cette ligne dentelée de montagnes que nous avons déjà vue hier. Derrière nous l’Akakous se dresse à pic. De ses pentes abruptes se détache une longue file de hauteurs qui se prolonge au loin à notre gauche vers le sud-est ; mais on ne voit nulle part de plateaux ; rien que des cimes isolées, séparées par des ouadi sableux.

A midi, nous touchons à ces hauteurs de couleur sombre, qui de loin nous faisaient l’effet de montagnes, et qui ne sont que des collines de 30 à 40 pieds couronnant le bord d’une hamada. Ce sont des masses de grès sombre, de forme régulièrement conique ou pyramidale ; les couches qui les composent sont horizontales. Il y a partout du sable dans l’ouadi, mais point de dunes isolées. La végétation est celle de la hamada ; aucune plante nouvelle. Le vent est fort sur ces hauteurs et le froid très sensible. A 2 heures, nous faisons halte au delà de cette ligne de hauteurs, dans l’ouadi Tounikanaham.

11 janv. — Nous restons campés aujourd’hui, car nous avons en perspective quatre jours sans eau et sans herbe ; aussi faut-il faire nos provisions, et tous les chameaux portent leur botte de fourrage.