12 janv. — Nous avons trouvé de la glace dans une grande écuelle qui était restée la nuit hors de la tente. Il a fallu la faire fondre au feu, tant la croûte était dure. Un brouillard épais couvre la contrée, et, vers le coucher du soleil, les lourdes brumes se lèvent lentement ; on se dirait en Allemagne. Nous avons traversé le plateau et atteint une seconde zone de collines ; c’est du granite. A 10 heures, nous voyons devant nous, droit à l’ouest, le cône élevé du mont Tisga. — Les Kel-Ouï ont une nomenclature des plus incertaines et sont en général de très mauvais informateurs ; les Touareg du Nord donnent des renseignements bien plus sûrs.

Nous cheminons en zigzag entre les hauteurs ; je note ici des exemplaires isolés de Rhus dioïca. Les versants sont couverts de sable granitique et de blancs cristaux de quartz. Tout ce pays n’est que granite. Nous traversons un ouadi couvert de talha, que les gens de la caravane dépouillent de leurs branches vertes pour les donner aux chameaux. Nous campons près du mont Tisga dans la vallée du même nom. Je trouve près d’ici le granite injecté de basalte.

13 janv. — Temps très froid. Le vent était tel, qu’on n’a pas pu dresser les tentes. L’eau était gelée ce matin ; voilà trois nuits que cela arrive.

Nous passons au pied du mont Tisga, qui est certainement un massif de granite. A 2 heures, nous descendons une longue paroi de granite nommée Eguefnerichine ; nous avons à nos pieds une vaste plaine, que domine à notre gauche la crête dentelée du mont Mariaou. Dans cette plaine en contre-bas, on voit de nombreux affleurements de ce basalte gris dont je n’avais observé jusqu’ici que des pointements isolés. La végétation fait entièrement défaut.

Nous nous arrêtons sur un plateau de sable granitique, sans une plante, sans un être vivant, à part les corbeaux, qu’on retrouve dans les plus arides solitudes.

14 janv. — L’eau était encore gelée ce matin. Nous traversons le plateau ; des blocs de basalte sont épars à sa surface. A 7 heures et demie nous faisons halte au milieu des dunes d’Eguéchine.

15 janv. — Devant nous, une vaste plaine entourée de dunes. A 3 heures et demie, nous franchissons une haute crête de sable, et l’oued Falezlez se déroule à nos pieds comme un ruban de verdure. Halte au puits du même nom, situé au milieu de l’oued.

16 janv. — La végétation de l’oued se compose uniquement de hâd[103], et cette plante ne croît que sur les buttes éparses dans le lit de l’oued. Nous gagnons une plaine de sable et de caillous. Descente dans un oued, où affleure une roche d’un gris rougeâtre, d’apparence schisteuse, peut-être le grès de Gâth[104], métamorphisé au contact du granite. A 4 heures nous passons d’une haute hamada de grès à une plaine de reg[105] en contre-bas, et nous retrouvons ici ce basalte gris dont j’ai signalé plus haut des filons dans le granite.

17 janv. — Départ à 8 heures. Plateau de grès, où ne pousse qu’un peu de had. Nous descendons dans le lit de l’oued Tireren[106], aussi profond et plus large que l’oued Falezlez. En escaladant l’autre rive, nous trouvons le granite, et immédiatement après, une hamada de grès à gros éléments. Point d’eau depuis l’ouadi Falezlez.

18 janv. — J’apprends que l’esclave d’Ibrahim a déjà été plusieurs fois dans l’Adamaoua et est tellement enchanté de ce pays, qu’il le préfère même à Kano. Ses caravanes y vont perpétuellement ; la sécurité est complète.