Nous allons vers l’ouest, croisant les ouadis qui viennent tous du nord. Le basalte traverse le grès et est lui-même injecté de filons d’une roche granitoïde. Les filons de quartz abondent partout où affleure le granite.

19 janv. — Nous marchons vers le sud entre de hautes croupes de granite ; à 11 heures, j’observe des schistes micacés. Le pays reste entièrement dénué de plantes. Nous croisons l’oued Touffok et faisons halte sur l’autre rive. Asiou[107] se trouve, me dit-on, à 5 jours de marche dans l’ouest. Les montagnes que nous avons franchies hier s’appellent Ereren. L’ouadi Touffok se prolonge dans le pays des Tibbous et des Aouélimiden[108].

20 janv. — Les montagnes sont devenues plus hautes et l’ouadi forme un gorge étroite, où les arbres sont nombreux. A 10 heures et demie nous voyons pour la première fois un arbre aux fortes branches hérissées d’épines, que les Touareg appellent ebora[109] et les Haoussa adoua. Ces vallées sont pleines de verdure ; les talha[110] sont aussi bien plus hauts et plus beaux. Nous faisons halte dans le large lit de l’ouadi Arokam.

21 janv. — Nous suivons le cours de l’oued. On coupe ici de l’herbe, car pendant plusieurs jours il n’y aura pas de fourrage pour les chameaux. Nous sommes rejoints par une caravane de Ghât.

22 janv. — Nous passons la journée dans l’ouadi Arokam, pour laisser paître les chameaux. On confirme la nouvelle que les Hoggar ont surpris une caravane près de Tadent[111] et l’ont entièrement dépouillée. C’est cette caravane des serfs Ihadanaren conduits par Ouinsig, avec laquelle je devais partir.

Je suis allé ce matin à la chasse aux gazelles, mais je n’ai vu que de nombreuses traces dans le sable. Les ouadis des environs sont riches en tamarix éthel, ana, toullout[112], oum-el-leben, tanedfert, talha, etc. Point de plante nouvelle. Partout du granite, souvent des schistes à hornblende (?). J’emporte des échantillons de cette roche cristalline de couleur noire. Nous nous préparons à de nouvelles fatigues. Ma provision de lait est malheureusement épuisée, et je n’ai pas davantage de viande. J’en suis réduit à la mohana pour toute nourriture.

23 janv. — L’eau était de nouveau gelée ce matin. Nous partons à 7 heures et demie ; tous les chameaux portent des bottes de fourrage en sus de leur charge ordinaire. L’un d’eux ne peut plus marcher, et est tué sur place ; chacun accourt pour emporter un peu de viande. Nous traversons en biais le lit de l’ouadi Arokam, qui se prolonge vers le sud. Beaucoup d’herbe dite ameo[113] ; cette espèce constitue souvent à elle seule la végétation des oueds de la contrée. Nous dépassons des collines de granite ; beaucoup de traces d’antilopes.

A 10 heures un quart nous aboutissons par un terrain accidenté à un gorge profonde, qui nous mène à l’ouadi Tadonet. Nous sommes ici plus bas que nous n’avons jamais été ; nous voyons reparaître dans cette gorge les schistes à hornblende, au milieu du granite.

Nous débouchons dans la belle vallée d’un ouadi, que nous remontons à droite ; elle est littéralement semée d’ana[114] qui atteignent ici les dimensions d’un arbre, et de grands talha qui rappellent les chênes, lorsqu’ils sont devenus de taille respectable. C’est la première fois que je rencontre des buissons d’ana en aussi grand nombre.

A midi nous faisons halte dans une gorge latérale. Dans le voisinage campe une petite caravane, qui vient également de Ghât. On se précipite avec les chameaux vers le puits, qui est assez éloigné du campement pour que je n’aie pu aller le voir. Le soir nos gens reviennent avec très peu d’eau, si bien qu’il nous faudra demain aller à la recherche d’un autre puits.