24 janv. — On n’a pu recueillir hier que six outres d’eau ; cela tient à ce qu’il a plu très peu l’année dernière. Nous quittons donc l’oued Tadonet, et une heure après nous sommes sur le plateau couvert à perte de vue de monticules de granite. Je remarque ici par exception des cassia odorata[115].

Nous voici en face d’un faîte de granite dont la crête dentelée émerge d’un amas d’éboulis. Cette disposition est fréquente. Nous redescendons l’autre versant dans la direction du sud. Nous faisons halte dans un oued. Un puits du nom de Katelet est dans le voisinage.

J’ai noté du granite à gros cristaux de feldspath, de l’amphibole et des schistes amphiboliques. Le pays est d’une nudité effrayante.

25 janv. — Repos. Il a fallu creuser pour trouver de l’eau. J’ai revu ici ce petit vautour à pennes noires, Neophron perenopterus, que j’avais aperçu pour la première fois dans l’ouadi Touffok.

Je suis allé sans succès à la chasse aux gazelles ; partout le même paysage désolé de montagnes de granite à demi-ensevelies dans le sable. Ce sont généralement de longues croupes orientées N.W.-S.E., ou N.-S., et dont les flancs sont couverts d’un manteau de débris. La flore se réduit à quelques gommiers rachitiques ; pas un brin d’herbe ne croît ici.

26 janv. — Nous quittons enfin cette morne vallée de Katelet, après nous être bien pourvus d’eau, car les Kel-Ouï nous annoncent qu’on n’en verra pas une goutte d’ici sept jours. Nous descendons un ouadi dont les berges érodées laissent voir admirablement la structure des roches. Le granite forme ici des filons au milieu du gneiss, qui se désagrège comme du bois pourri ; en descendant l’oued, je rencontre dans ce gneiss un filon de basalte noir de 2 pieds d’épaisseur. On voit aussi des roches à hornblende avec injections de granite.

Nous voici de nouveau dans une plaine couverte de blocs de basalte, comme la région de l’oued Falezlez : on dirait qu’une zone de basaltes entoure le massif de granite. Des felso-porphyres à cristaux de feldspath rouges forment un amas de blocs arrondis, fortement désagrégés par l’atmosphère. Partout leur partie inférieure porte la marque du sable, charrié par le vent. Quelques-uns de ces blocs s’écaillent, et de grosses boules tombent de leurs alvéoles de pierre, qui semblent au premier abord des excavations faites de main d’homme.

Il y a dans la caravane deux esclaves noirs, l’un au service du marchand Ibrahim, l’autre de Bilkhou, qui connaissent l’Adamaoua, où ils ont coutume d’aller faire des achats de noirs. On les paye avec des tobés, au taux de deux ou trois par tête d’esclave. Ngaoundéré paraît être le marché principal. On me parle aussi beaucoup de Kontcha.

Vu des Oum-el-leben[116] en fleur. L’eau a encore gelé cette nuit.

27 janv. — Nous partons à 8 heures, tout grelottants de froid. Devant nous, trois cimes qu’on appelle Tinkeradès. Nous passons au milieu d’elles et campons dans une morne plaine de sable. Depuis que nous sommes sortis des montagnes, les basaltes dominent de nouveau.