Or, ce pays n’a été que deux fois l’objet d’une exploration européenne. Les résultats de la première, celle de Barth et Richardson (1850), sont universellement connus. La seconde (1876) est celle dont nous publions la traduction aujourd’hui.
On ne trouvera pas chez Erwin de Bary cette profonde érudition d’orientaliste, ni cette faculté d’investigation merveilleuse, qui ont rendu presque inimitable son immortel prédécesseur. Mais il a noté avec une conscience rare tout ce qui lui semblait de nature à intéresser un explorateur, et même en pays déjà parcouru, comme à Ghât par exemple, il a su observer bien des faits nouveaux. De plus, on est assuré de trouver en lui un observateur sincère. Aucune préoccupation politique ou commerciale n’a influé sur son jugement. Son rêve a été celui d’un naturaliste : étudier les parties inconnues du Sahara méridional. Erwin de Bary fut un des derniers adeptes de cette école d’explorateurs du milieu du siècle, qui ont eu pour seule ambition le développement des connaissances humaines.
Aujourd’hui que cette région est en quelque sorte réservée par traité à l’exploration scientifique française, il nous a donc paru utile de mettre à la portée du lecteur français cette dernière relation d’un témoin oculaire. Elle comprend deux parties d’origine différente :
1o Un rapport, rédigé à Ghât par le voyageur, au retour de son voyage dans le Tasili jusqu’à l’Oued-Mihero, et publié en 1878 dans la Zeitschrift de la Société de géographie de Berlin ; nous en donnons la traduction, en y ajoutant quelques pages qui nous ont semblé dignes d’être reproduites, et que nous empruntons au carnet de route in-extenso ;
2o A partir du 1er novembre 1876, ce journal de route lui-même[1], écrit au jour le jour, et que le voyageur n’a pas eu le temps de revoir. Il eût été facile de faire le travail dont il se fût certainement acquitté lui-même, c’est-à-dire de mettre un peu d’ordre dans ces notes prises sur le moment. Nous avons dû nous incliner devant la nécessité supérieure de ne pas introduire dans ce récit un mot qui n’ait pas été écrit par le voyageur. Nous avons seulement élagué quelques détails purement personnels et des redites qui auraient rendu la lecture fastidieuse, et nous avons tâché de suppléer par un index des noms géographiques au manque d’ordonnance des matières.
Nous n’avons pas eu à nous occuper de la construction de l’itinéraire, déjà porté sur les feuilles 12 et 19 de l’excellente carte d’Afrique au 1/2.000.000, dressée sous la direction du commandant de Lannoy de Bissy. Quant aux indications de température, pression barométrique, etc., éparses dans le journal de route, on les trouvera réunies à la fin de ce volume, sous forme de registre météorologique, à côté de deux notes rédigées par le voyageur lui-même sur la géologie du Sahara central et sur la végétation de l’Aïr.
H. Schirmer.