18 mars. — Le ciel est sans nuages ; la nuit a été froide et tempêtueuse.

Depuis que je ne fais plus de cadeaux, personne ne m’apporte plus de vivres. Espérons que Staoui va rentrer bientôt.

19 mars. — Le temps se rafraîchit sensiblement ; dans ma case, le thermomètre ne monte plus au-dessus de 22 degrés et, dehors, il fait plus froid encore, à cause du vent.

Je suis allé chez le mallem qui demeure à côté de ma hutte, et lui ai montré mon Koran et les lettres de recommandation du kadi de Ghât et du marabout Toufik. Il a été très surpris, m’a exprimé sa satisfaction, et s’est rendu de suite chez le cheikh pour lui lire la lettre et lui montrer le Koran. Le cheikh a eu l’air moins satisfait : est-ce parce qu’il n’a plus de prétexte de me dépouiller ? Il a fini cependant par me dire : « tu as les mêmes droits que chacun de nous et tu n’as à craindre que les infidèles. »

Vent violent ce soir. Un chien essaie de voler quelque chose dans ma case, mais je l’accueille avec un bâton. Ces pauvres animaux ne reçoivent des Touareg aucune nourriture, et en sont à vivre de rapines.

20 mars. — J’apprends du cheikh que l’oued Falezlez n’est pas un affluent du Tafassasset, mais qu’il va à Kaouar[153] ; plus loin, son cours est inconnu. Le cheikh en fait un tributaire du Tchad qui, d’après lui, s’écoule lui-même dans le Nil.

Lorsque la grande caravane des Kel-Ouï va chercher le sel à Bilma[154], elle fait une marche de cinq jours sans eau, jusqu’à Achagour. Il faut emporter du fourrage, et marcher jour et nuit, car on ne trouve sur le parcours que la hamada et des montagnes tabulaires. D’Achagour à Bilma, on compte deux jours de marche ; nulle part on ne trouve d’habitants ; il semble donc qu’on ait affaire à un plateau absolument nu et en même temps d’altitude considérable, car on me parle beaucoup du froid dont on souffre sur le parcours. Il paraît que la température n’est jamais aussi fraîche dans l’Aïr.

La caravane du sel devait partir ce mois-ci ; mais tous les chameaux sont encore au Soudan ; on partira pour Bilma dès leur retour. Le rapace Bilkhou me permettra-t-il de me joindre au convoi ?

21 mars. — Personne ne vient chez moi, et je ne vais chez personne, car je sais que, si je n’apporte rien, je ne suis pas le bienvenu. Combien différents sont à cet égard les Touareg du Nord, plus loquaces, plus sociables et plus gais.

Point de lumière zodiacale ce soir, le croissant lunaire étant trop près du triangle lumineux.