22 mars. — Ma solitude me pèse ; je soupire après le retour de mon serviteur. Je pense qu’il rentrera d’ici un ou deux jours. Alors il y aura au moins un homme avec qui je puisse causer à cœur ouvert.

23 mars. — Ce matin, vent violent. La nuit a été froide. On conçoit, que par des vents pareils, on n’ait pas chaud sur le plateau des Tibbous.

La tempête soulève tant de poussière, que les montagnes paraissent toutes grises.

24 mars. — J’ai dû prier l’esclave du cheikh de me donner un peu de sel, et lui ai offert en échange un miroir, qu’elle a accepté avec grand plaisir. Aujourd’hui encore, beaucoup de vent et de poussière. A midi, le thermomètre est monté à 30 degrés centigrades dans ma case.

25 mars. — L’air est encore chargé de poussière. Dès le matin, le thermomètre monte à 32 degrés dans ma case ; bien entendu, ce sable brûlant élève encore la température au dehors.

26 mars. — Personne ne vient plus me voir depuis que je n’ai plus de présents à distribuer. Voilà la fameuse hospitalité des Kel-Ouï ! J’entends le cheikh, assis devant sa tente, tenir des discours, d’où il ressort qu’il va me soumettre à de nouvelles exigences.

Le thermomètre marque 30 degrés dans ma case ; dehors la chaleur est étouffante ; pas un souffle de vent.

27 mars. — On bat aujourd’hui le tambour de guerre, tout est en révolution : on annonce l’approche des Kel-Fadé[155]. Quelques hommes s’arment en hâte et s’en vont à leur rencontre. Le cheikh veut les suivre, mais il est rappelé par les femmes et les enfants. Il n’y a plus ici que quatre à cinq hommes pour défendre le village. On cache les troupeaux de chèvres dans les ravins ; beaucoup de femmes se réfugient avec leurs objets précieux dans la montagne. Le cheikh me prie de charger le revolver que je lui ai donné.

Brume de poussière pendant tout le jour. Le village est abandonné ; à part quelques esclaves, tout a fui dans la montagne. J’ai appris à cette occasion qu’il existe une source là-haut. Vers le soir, on apprend que c’était une fausse alerte : on avait pris pour l’ennemi une caravane qui venait du Soudan. Les femmes, les enfants, les troupeaux sont donc revenus au village, et tout le monde rend grâce à Allah de cette heureuse issue. J’en suis très heureux pour mon domestique qui est en route ; autrement, les Kel-Fadé seraient plutôt les bienvenus.

28 mars. — Les touffes d’acacias se mettent à fleurir. La Maerua rigida est également en fleur et déploie ses longues étamines. Je n’aperçois que des fleurs hermaphrodites. Les oiseaux vont maintenant par couples : corbeaux, pies, vautours, ces derniers en majorité, avec les petits temoulet. Je note également un oiseau qui se rapproche du Lonius ; il a le ventre blanc, les côtés gris, les yeux et les ailes bordés de noir.