Cet après-midi, j’ai eu la joie de voir arriver mon serviteur Staoui ; il revient très satisfait des habitants d’Agadès, et me dit que tous m’invitent à les venir voir. La ville même, me dit Staoui, est en forte décadence : beaucoup de maisons sont en ruines[156].
Comme Staoui a dû donner beaucoup de choses, il n’a pu acheter des provisions considérables. Mais je suis très heureux d’avoir retrouvé mon unique compagnon. Staoui a rencontré en route, non loin d’ici, beaucoup d’arbres nommés Faraoun, et dont le fruit est une friandise pour les enfants.
29 mars. — Staoui a eu une entrevue avec le cheikh : il voulait obtenir pour nous la permission de partir, mais il est revenu persuadé que le cheikh avait raison d’attendre l’arrivée du nouveau sultan d’Agadès. Le cheikh lui a dit que je pouvais partir demain, si j’y tenais, mais que dans ce cas il s’en lavait les mains, tant il était sûr de ce qui m’attendait à Agadès[157]. Partout, disait-il, on parlait déjà du kafir[158] et de ses richesses ; son fils venait encore d’en avoir la preuve à Zinder. Ces racontars malveillants ont évidemment Ghât pour origine, et je soupçonne particulièrement les chérifs du Touât. Ayons donc encore deux mois de patience !
30 mars. — On a chanté toute la nuit, en l’honneur de la fête du miloud. Mais c’est en cela que consiste toute la solennité, on n’a fait aucun festin, et on n’a pas mis d’habits de fête ; seuls, Staoui et moi nous avions revêtu les nôtres. Ce qui n’a pas empêché les gamins de me poursuivre du cri de kafir, bien qu’il n’y en ait pas un qui soit capable de dire convenablement sa prière.
31 mars. — Le vent a soufflé ce matin, amenant la fraîcheur. Le manque d’eau commence à se faire sentir. L’esclave chargée de remplir notre cruche met deux heures à cette opération. Tous les puits de la plaine sont près de tarir ; seuls, ceux de la montagne donnent encore de l’eau en abondance, mais il est très pénible d’aller la chercher là-haut.
1er avril. — En faisant une promenade dans les environs, j’ai trouvé des Stapelia couverts simultanément de fleurs et de fruits. Les panicules grosses comme le poing, en forme de boule sont situées au bout des rameaux.
Les fleurs en forme d’étoile sont pressées les unes contre les autres, au point de cacher complètement leurs pédicelles ; elles sont noires et velues, bordées de rouge pourpre au bout des pétales. J’en ai pris un échantillon ; le nom indigène est okoua. Vu aussi un arbrisseau inconnu en fleur. Les feuilles sont petites, ovales, dentées, sessiles ; les fleurs sont solitaires, peu nombreuses, également sessiles ; le calice composé de sépales lancéolés, plus longs que la corolle à cinq pétales. Les pétales sont blancs, légèrement dentés à l’extrémité ; il y a cinq étamines, de nombreux styles qui ont la même longueur que les étamines ; les cicatrices sont vertes, peltées ; l’arbuste atteint la hauteur d’homme.
2 avril. — Pour la première fois, le cheikh m’envoie du goumach fait dans du lait. Cette attention me surprend beaucoup. Les acacias-gommiers sont maintenant couverts de fleurettes jaunes, et les adoular[159] sont tout tachetés de longues et blanches étamines ; le printemps est décidément venu.
3 avril. — J’ai fait une excursion, par d’âpres sentiers de montagnes, le long des flancs du Baghzen. Il s’y trouve, entre autres plantes nouvelles, un arbuste assez semblable au sedra, mais à feuilles doublement ailées ; les folioles sont plus grandes que celles de l’acacia. Le fruit consiste en une cosse mince comme du papier, avec deux ou trois graines. Vu également en fleur un arbuste beaucoup plus petit, il a des feuilles cordiformes, avec des épines recourbées : il appartient à la famille des solanées.
5 avril. — Journée très chaude ; maximum 30 degrés dans ma case. Le vent souffle avec violence au moment de la plus grande chaleur.