Le cheikh a fait tuer un mouton et m’en a envoyé un morceau, sans que je lui en eusse exprimé le désir. Je lui envoie en retour une boucle en argent. Staoui lui a demandé si je dois retourner à Ghât, et il a approuvé ce projet. Maintenant que tout le monde sait au Soudan que je suis son hôte, il aurait honte, dit-il, de me laisser arriver là-bas sans argent.

6 avril. — Le ciel est toujours sans nuages. La lumière zodiacale est magnifique ce soir ; elle avait disparu pendant plusieurs jours, malgré la sérénité du ciel.

7 avril. — Le cheikh, a qui la boucle en argent a fait un sensible plaisir, m’envoie aujourd’hui un peu de grain. Je suis allé lui dire que j’étais décidé à aller chercher mes bagages à Ghât, plutôt que d’attendre ici dans l’incertitude. Il m’a fort approuvé et m’a promis de me prêter des chameaux et de bons esclaves. La première caravane doit, paraît-il, arriver du Soudan à tout moment : ce sont des gens de Zinder qui amènent un convoi d’esclaves[160].

8 avril. — La chaleur devient chaque jour plus forte. Mon thermomètre a marqué 38 degrés dans la case, et l’on ne peut faire la moindre des choses, le jour, sans éprouver une grande fatigue.

9 avril. — Cet après-midi, 39 degrés à l’ombre dans ma case, 37 degrés en plein air, 55 degrés au soleil. J’étais allé vers le soir prendre une vue du volcan, lorsqu’on franchissant le lit de l’oued, j’aperçus un grand animal à moi inconnu, qui à ma vue s’enfuit en quelques bonds. J’en parlai au cheikh, croyant que c’était un fauve, et il sortit avec moi pour examiner la trace. Reconnaissance faite, il s’agissait d’un grand singe, que les gens d’ici appellent ourked ; il paraît qu’il y en a des centaines sur le Baghzen, au voisinage de l’eau. Le pelage est jaune ; la face postérieure des jambes est blanche, et le museau est noir.

10 avril. — J’ai rencontré près de l’ouadi un lézard d’environ un pied et demi de long, qui courait sur les roches ; il avait la tête et le cou d’un blanc jaunâtre, le corps gris de fer, et sur la queue et de côté quelques protubérances, que je n’ai pu voir distinctement à distance. Tué un hibou en revenant au village ce soir.

11 avril. — Allé à la chasse aux gazelles avec le jeune Barka, qui me désigne les arbres par leur nom indigène. On appelle tamat un petit acacia à écorce brune, dont l’épiderme jaune se détache en lambeaux. Il est en ce moment en fleur. Le talha[161] porte ici le nom de tegart[162] ; il a une écorce claire, lisse, coupée de longues gerçures ; il ne fleurit pas encore. J’ai vu un grand arbre de l’espèce nommée dokou, Barka me dit qu’il s’appelle tadomt[163] (en haoussa ?).

Le village qui se trouve sur les hauteurs du Baghzen s’appelle Aguélalaben et n’est habité que par des esclaves.

12 avril. — Le Senecio coronopifolius, que Duveyrier appelle temasasoui, se nomme ici tobéras. Il a une forte odeur aromatique.

13 avril. — Vu à la chasse un animal semblable à une marmotte, qui a disparu rapidement entre les roches.