14 avril. — La solanée dont j’ai parlé plus haut, à feuilles velues et blanchâtres, à épines recourbées, à fleurs couleur lilas s’appelle tadegra.

L’esclave du cheikh m’apporte à ma grande surprise vingt œufs de poule, mais je m’aperçois plus tard qu’ils ont été couvés. Le cheikh s’est dit sans doute que l’infidèle les mangerait quand même ; bien entendu, je les ai fait jeter.

Je suis allé me promener de nouveau dans les rochers et j’ai eu la chance de tuer un jeune animal nommé tarhalam, de la taille d’un rat, mais aux pattes et à la queue très courtes. Chaque patte a quatre doigts revêtus de poils raides, blanchâtres à l’extrémité ; le dos de l’animal est gris souris, le ventre d’un gris argenté, la fourrure soyeuse ; la queue, longue d’un pouce et demi, est entièrement velue ; le museau arrondi, avec de fortes moustaches, les oreilles larges et ouvertes, garnies de poils raides à l’intérieur ; les pattes garnies de petites grilles noires.

15 avril. — Le cheikh m’a demandé un cadenas, que je lui ai donné de suite. Sa politesse m’a frappé. Il m’a parlé de tuer un mouton, mais je lui ai dit que ce n’était pas nécessaire, puisque j’étais pauvre maintenant.

Cet après-midi de gros nuages gris se sont montrés dans le sud, et il est tombé quelques gouttes de pluie. Ce sont les premières de l’année.

16 avril. — 38 degrés à l’ombre. Le vent souffle avec violence jusqu’à la nuit close, mais n’amène point de nuages de sable. Le ciel reste voilé.

17 avril. — Le ciel reste toute la journée caché derrière un voile de brumes. Tempête violente du sud, mais pas de poussière. Les gens du village réparent leurs cases en vue de la saison des pluies ; ils s’en acquittent très proprement. Le soleil étant resté voilé, la chaleur a été supportable.

18 avril. — Ce matin, visite du nommé Bou-Tassa, qui a été le seul convenable des compagnons de voyage de Staoui. Je veux faire avec lui l’ascension du Baghzen.

Le cheikh me raconte qu’il a vu hier le kadi d’Ingal : c’est une grande oasis, à population mixte[164], comme celle de Ghât ; elle est entourée de hamadas, mais elles sont coupées de vallées plus fertiles.

Les Aouélimiden se fournissent de sel à Tiguéda[165], où il y a des sebkhas. Ces Touareg ne vont ni au Soudan ni dans aucun pays organisé, et ils n’ont pas de villes ; ils sont liés d’amitié avec El-Aoutsar (on prononce El-Iousar[166]), un chef aouélimiden très puissant, ami du Sokoto, et aussi d’El-Bakay. Les Hoggar et les Aouélimiden ont en ce moment rompu toutes relations, parce que les Aïthoguen[167] ont enlevé des chameaux à El-Bakay, et refusent de les rendre, malgré les instances de ce grand marabout.