19 avril. — Je me suis levé avant l’aube et ai fait mes préparatifs pour l’ascension du Baghzen ; mais de guide, point. Staoui est allé le chercher ; il a demandé quel serait son salaire, et comme on lui montrait un pentalon neuf, il l’a trouvé trop court et a réclamé des thalers ou de la cotonnade. Voilà mon excursion finie ! Le cheikh m’a dit plus tard qu’il me ferait accompagner par un de ses gens, lorsque le blé serait mûr là-haut ; que Bou-Tassa n’était pas un assez grand personnage pour me faire respecter !

J’ai demandé au cheikh par quel chemin les Tin-el-Koum[168] viennent jusqu’à l’Aïr : ils passent à l’est du Tinkeradès[169] et à l’ouest du pays des Tibbous. On me dit que sur cette route il y a de l’eau en abondance, et c’est seulement en approchant de l’Aïr qu’on traverse une région entièrement aride. Serait-ce l’ancien chemin des Garamantes[170] ? Ces Tin-el-Koum, me dit le cheikh, vont à Kano ; ils n’ont pas passé par Ghât, mais sont venus directement de leur oasis de Tadrat.

Point de vent. Les montagnes se cachent dans un brouillard de poussière ; la chaleur est terriblement lourde.

20 avril. — Deux Touareg du Baghzen viennent admirer mon fusil. Ces gens n’ont de leur vie vu d’autre pays que l’Aïr ; c’est à peine s’ils ont entendu parler du pays des Aouélimiden et des Tibbous.

21 avril. — Le ciel est tellement couvert, que le soleil n’a pas percé la brume. Quelques gouttes d’eau sont tombées. Vers midi, le ciel s’éclaircit, pour se voiler de nouveau vers le soir. La chaleur est suffocante.

Un des fils du cheikh m’apprend que les Kel-Fadé habitent un pays montagneux du nom de Kelfo. Ils n’ont que des tentes de cuir, et sont amis des Hoggar. Leur cheikh actuel s’appelle Baka. Ils sont frères de race des Kel-Ouï, mais en guerre avec l’Aïr.

22 avril. — Un arbre, que j’avais confondu jusqu’ici avec le Maerua rigida, s’en distingue nettement maintenant qu’il a des fleurs. Elles présentent seulement cinq étamines et quatre pétales blancs, étroits, duvetés, déjetés, légèrement teintés de lilas aux extrémités ; un pétale est soudé en tube au gynophore.

24 avril. — Tempête de sable, soufflant du sud-sud-est, puis du sud-ouest, par rafales violentes et régulières. Elle dure tout le jour.

25 avril. — Staoui veut faire l’ascension du Baghzen, pour acheter des vivres. Le cheikh a, par conséquent, fait chercher notre chameau au pâturage. Il devait être tout près, car il nous est arrivé au bout de quelques heures.

26 avril. — Staoui est parti de grand matin. Le cheikh a eu l’amabilité de m’envoyer des vivres pour la route, croyant que j’accompagnerais mon porteur ; mais il faudrait aller à pied, et je n’en ai plus le courage.