27 avril. — J’ai dormi en plein air devant ma case, et n’ai pas eu froid, malgré mes vêtements légers. Le cheikh est venu me voir et a été très aimable[171]. Je lui ai demandé si, à mon retour de Ghât, je ne pourrais pas aller directement par Agadès à Sokoto. Il a dit qu’il s’assurerait d’abord si le sultan d’Agadès veut bien me promettre la protection nécessaire. Ce sultan n’est pas un nouveau venu, comme on me l’avait fait croire ; il est simplement allé à Sokoto recueillir la succession d’une de ses femmes. Dans quatre à six semaines, me dit le cheikh, il sera de retour.

30 avril. — J’ai vu pour la première fois de grands vautours perchés sur les rochers près du village. Ils étaient cinq ou six, et avaient leurs petits auprès d’eux. Leur taille est bien plus grande que celle des vautours égyptiens. Le corps, la queue, la tête sont blancs, les pattes jaunâtres.

Staoui est revenu ce soir sans rapporter la moindre provision. On ne voulait lui donner des vivres qu’en échange d’argent ou de cotonnade. Par contre, l’esclave qui l’accompagnait a rapporté beaucoup de grain pour le cheikh.

1er mai. — Staoui raconte que, pour aller au village d’Aguelalaben, il a dû suivre un sentier tellement escarpé, que son chameau est tombé à plusieurs reprises. Il a trouvé là-haut un ruisseau d’eau courante[172] provenant de la source du village et dérivé dans des canaux d’irrigation. Les dattiers sont nombreux ; on cultive en outre l’orge et le mil. Tous les habitants sont esclaves et appartiennent au cheikh. Le soir, on enferme soigneusement les chèvres, par crainte des lions[173], qui sont nombreux sur ces hauteurs.

Le cheikh a parlé avec dédain des marchandises que Staoui avait emportées : s’il avait su, dit-il, qu’il n’avait rien de mieux, il ne l’aurait certes pas laissé monter au village !

2 mai. — Air chargé de poussière. Le cheikh fait laver son linge par mon domestique.

3 mai. — Air calme et chargé de poussière. Beaucoup de petites trombes de sable aux environs. J’ai dormi en plein air à cause de la chaleur.

5 mai. — Mon domestique est allé dans un village éloigné, il y a vu des canaux d’irrigation avec de l’eau courante. Ce village s’appelle Immidian (?).

6 mai. — Nuit fraîche. Trois Kel-Fadé montés à méhari sont venus au village et m’ont rendu visite. Deux d’entre eux avaient de longues tresses pendantes, telles que je n’en avais jamais vu chez les Touareg[174] ; l’un avait même de chaque côté de la tête de petites houppes tressées, qui lui donnaient un air presque féminin. C’étaient de beaux hommes au teint blanc. Leur pays porte bien le nom de Kelfo.

7 mai. — J’ai questionné un Touareg sur les ed-debbeni[175]. Il me dit que ce ne sont pas des Touareg qui y sont ensevelis ; ces tombeaux datent d’une époque beaucoup plus ancienne. Cet homme savait très bien que les cadavres y sont accroupis ; on trouve parfois deux individus dans la même tombe. Il me dit aussi que les tombeaux renferment toujours dans l’anfractuosité du haut une couche de morceaux de quartz blanc, ce que j’ai vérifié moi-même plusieurs fois. C’est une règle générale, dans l’Aïr, partout où il y a du quartz dans le voisinage, ce qui arrive le plus souvent.