8 mai. — Les Kel-Ouï, me dit-on, accordent à tous les sultans le titre de khalife, et font la prière pour eux dans les rares mosquées qui existent, mais ils ne veulent pas entendre parler d’impôts.

9 mai. — Deux Touareg viennent voir mes vivres. Ils ont plus tard au village une violente discussion, au sujet d’un esclave qu’ils avaient razzié avec trois chameaux à de pauvres gens.

13 mai. — Deux autres Kel-Fadé viennent me voir. Eux aussi ont les tresses caractéristiques. Leurs cheveux sont d’un noir de jais. Le cheikh des Kel-Fadé s’appelle Nefzar. Ils ont été étonnés de me voir la peau si blanche, ont tâté la plante de mes pieds, et se sont extasiés sur la finesse de la peau : c’est chez eux un signe de noblesse, parce que cela prouve qu’on passe son temps à fumer. Ils m’ont dit que, dans leur peuplade, les femmes des Iwarwaren se distinguent par leur teint blanc ; leurs campements ne sont pas à plus de quatre jours d’ici. Les Kel-Fadé n’ont que des tentes de cuir.

Les gens d’Adjiro fabriquent des anneaux de bras avec une argile qui leur vient de fort loin, d’un endroit nommé Deffer ; mais ces anneaux cassent facilement et sont beaucoup moins estimés que les anneaux de serpentine qui viennent de chez les Aouélimiden.

Le cheikh fait abattre une vache et distribue la viande entre toutes les femmes du village. Il y en avait 55 petites portions. Nous autres en avons reçu bien davantage, la valeur de 10 portions, et c’étaient les meilleurs morceaux.

14 mai. — Vent violent du sud et du sud-ouest. Trombes de poussière aux environs. Le cheikh a mal aux yeux et me demande du koheul. Il me raconte qu’il est venu dans l’ouadi Telak un rezou de gens de l’Extrême-Ouest ; ce sont des Arabes, des Berabra[176], qu’on appelle aussi Kel-Eidilet. Ils étaient associés avec des Ifoghas. Cette bande a été si bien battue par les Kel-Ouï unis aux Ihadanaren, que sept hommes seulement en ont réchappé. Et cela, bien que les envahisseurs fussent pourvus de fusils.

On s’attend tous les jours à voir arriver la caravane du Soudan.

15 mai. — Les montagnes sont tout à fait invisibles, tant l’atmosphère est pleine de poussière.

17 mai. — Les gens d’ici mangent les peaux des chèvres et des moutons : ils les débarrassent de leurs poils et les découpent en lanières qu’ils grillent légèrement sur le feu. Ils mangent également les os, après les avoir réduits en poussière.

20 mai. — L’arbrisseau dont j’ai décrit les fleurs à cinq pétales blancs ([1er avril]) s’appelle terrakat[177]. Il porte de petites baies rouges à quatre loges, que les gens du village mélangent à leurs galettes.