21 mai. — Les tamat sont maintenant pleins de feuilles vertes. C’est cette espèce de gommiers qui forme la masse de la végétation arborescente de la région, car l’oued apparaît maintenant tout vert, tandis qu’auparavant le talha et l’adjar n’y mettaient que quelques taches de verdure. Des sauterelles ont fait leur apparition par individus isolés ; un oiseau noir, nommé témoulet, s’en nourrit.
Le cheikh m’apprend que ses gens méditent une razzia contre les Tibbous de l’oasis d’Abo[178], à 17 jours d’ici. Il prescrit de ne tuer personne et de ne pas emmener d’enfants comme esclaves, mais de prendre tous les chameaux. Il ne m’a pas dit les motifs de cette mesure.
Il y a des palmiers akoka[179] en grand nombre dans l’oued Aoudéras ; il ne semble pas qu’ils descendent plus bas.
23 mai. — Les tamat se couvrent de blancs boutons de fleurs ; quelques-uns de ces arbres donnent une ombre épaisse. Ce développement de la végétation est surprenant, alors qu’il n’est encore tombé que quelques gouttes de pluie.
24 mai. — Un peu de pluie ce matin. Le hadjilidj[180] commence à fleurir. Le fruit de l’abagou, cet arbre si semblable à l’adjar, est une capsule bivalve qui s’ouvre et se replie, laissant à découvert la graine d’un rouge vif.
Le représentant du sultan d’Agadès, qui m’a dévalisé, s’appelle Ouaschiga ; on dit qu’il recueille pour le compte du sultan 2 à 3000 thalers Marie-Thérèse par an.
26 mai. — Nous attendons avec impatience l’approche de la caravane ; à sa place, nous arrive la nouvelle qu’un gros de Kel-Fadé, de Kel-Guérès et d’Aouélimiden se sont embusqués pour l’intercepter ! La caravane était heureusement prévenue et s’est repliée en hâte sur le Damergou. Le rezou a voulu se dédommager dans l’Aïr et s’est avancé jusqu’à Afazas. Cette même nuit, au clair de lune, tout notre village s’est réfugié avec les troupeaux dans la montagne.
Le cheikh nous a conseillé de faire de même, en nous disant qu’une razzia de ce genre est aussi rapide que le feu. Il a fait venir notre chameau et nous avons porté notre bagage dans un ouadi voisin. Le cheikh lui-même, monté sur son mehari, attendait impatiemment que nous eussions fini et quitta le village, même avant nous, pour aller avec les Touareg voisins à la rencontre de l’ennemi.
Nous avons dormi à la belle étoile, le fusil à portée de la main et le revolver sous l’oreiller. Mais nous ne fûmes mis en alerte que par un gros scorpion que je trouvai en train de grimper sur mon oreiller.
27 mai. — Nous sommes toujours dans la montagne. Ce matin, je suis descendu avec précaution au village pour chercher une outre que nous avions oubliée. Staoui s’est même risqué à aller chercher de l’eau au puits. Il règne dans le village un silence de mort. Toutes les portes sont restées ouvertes, l’impression est lugubre.