Nous avons très peu de vivres : un peu de grain que le cheikh nous a laissé avant de partir et que nous avons grillé, faute de temps pour le moudre.

28 et 29 mai. — En me promenant sur les pentes supérieures du Baghzen, pour tâcher de découvrir la retraite des esclaves du cheikh et leur donner à moudre notre provision de mil, j’ai trouvé un arbuste inconnu de la hauteur d’un homme, à feuilles alternes, assez semblables à celles du laurier. La fleur et le fruit me sont inconnus. Le nom indigène est tefa, etefa avec l’article[181]. Quelques feuilles de cet arbre, broutées par les chameaux, suffisent pour leur donner la mort ; la plante est moins dangereuse pour les hommes, mais on évite cependant de s’en servir.

Deux hommes de la famille du forgeron nous demandent de l’eau en passant : ils reviennent de porter un message. Ces gens nous racontent que l’ennemi a été hier à Afazas ; les Kel-Ouï sont embusqués au puits d’Erhalguéouen.

Cet après-midi des cumulus à l’horizon du sud. Le thermomètre marque 39 degrés à l’ombre, suspendu dans un courant d’air.

30 mai. — Brume épaisse ce matin. Dès que le soleil perce, la chaleur devient excessive. Le voile de poussière persiste jusque dans la nuit. Point de vent. Nous croyons entendre des coups de fusil, ce n’est qu’un tonnerre lointain. Les éclairs et le tonnerre se sont prolongés bien avant dans la nuit. Quelques gouttes de pluie.

31 mai. — Je suis allé au village et au puits : tout est solitaire.

J’ai revu près de notre camp de la montagne ce lézard à tête jaune et au corps gris de fer ; j’ai pu distinguer cette fois une crête qui court le long du dos.

La pluie est tombée cette après-midi sans orage et s’est prolongée jusque dans la nuit. Comme nous sommes sans abri dans la montagne, j’ai préféré revenir au village. Le bruit court que les Aouélimiden sont retournés dans leur pays.

1er juin. — Nous passons la nuit sous les armes. Staoui est inquiet ; il n’aime pas ce silence de mort. Cet après-midi, orage dans l’est ; pluie persistante et abondante, de sorte que nous sommes très heureux d’être rentrés chez nous. Faute d’autre chose, j’ai fait une bouillie de marc de café et de farine. Nous l’avons mangée avec plaisir.

Vers minuit, j’ai entendu tout à coup des voix et des aboiements de chien ; c’était le forgeron et sa famille qui retournaient dans le village. Ils nous ont salués avec une cordialité inaccoutumée et nous ont priés de leur donner de l’eau et du feu. Je suis heureux d’entendre de nouveau des voix humaines.