2 juin. — Il paraît que le rezou a eu beaucoup à souffrir de la soif, au point que quelques hommes ont dû boire le sang de leurs chevaux. Les Kel-Ouï sont à la poursuite de l’ennemi. Aujourd’hui, rentrée générale des habitants du village.

Les femmes du cheik nous apportent un bélier. Il n’y a plus de grain, disent-elles ; on n’en aura plus jusqu’à l’arrivée de la caravane du Soudan. Il nous reste heureusement un peu de riz. L’attitude des gens est plus cordiale.

3 juin. — Cette nuit nous avons entendu un bruit de cascade dans la montagne, et ce matin, le premier torrent descend en bouillonnant dans l’oued à l’est du village[182]. Tout est enveloppé de brouillard, comme en hiver. Le soleil ne se montre pas.

Le cheikh est revenu, accompagné d’un Targui qui a de grands tambours suspendus à sa selle. Il nous envoie de suite du gueçob et un grand nombre de magnifiques oignons, qui mettent Staoui en extase.

4 juin. — Rendu visite au cheikh qui m’a fait un cordial accueil et m’a raconté son expédition. Le rezou s’est replié dès qu’il a su l’approche des Kel-Ouï, de sorte qu’il n’y a pas eu bataille. L’ennemi n’a pu voler que quelques esclaves. Le cheikh croit qu’il y avait environ 500 hommes, tandis que les Kel-Ouï étaient 1500 (?).

Les grands oignons proviennent de l’ouadi Aouderas, où il y en a un grand nombre ; mais personne ne les achète.

6 juin. — Le cheikh va chez les Kel-Tafidet, ce sont eux qui ont été razziés. On apprend maintenant qu’ils ont perdu quand même une trentaine d’esclaves, et beaucoup d’ânes et de chèvres. On croit que les esclaves ont été complices.

Cet après-midi, visite de plusieurs Kel-Fadé, dont l’un sait lire les caractères tefinar. Ils ont les cheveux longs, un peu bouclés, et maintenus de telle sorte, que deux boucles seulement pendent de côté[183]. Ils m’ont demandé si je voulais prendre femme ; j’ai répondu oui, mais seulement une femme libre, une noble Targuie, ce dont ils se sont fort amusés. L’un d’eux m’a dit en riant qu’il m’en amènerait une des Iwarwaren, que celles-là ont le teint blanc comme moi-même.

7 juin. — Les Kel-Guérès ne vivent que de laitage, me dit-on ; ils ont beaucoup de chevaux, de vaches, de chèvres et de chameaux. Leur pays, l’Ader[184], renferme beaucoup d’eaux courantes ; on n’y voit point de montagnes.

8 juin. — Le cheikh a fait tuer une vache et nous en envoie un quartier ; le reste a été distribué aux gens du village.