J’ai vu aujourd’hui un serpent, le premier depuis que je suis en Afrique ; c’est une vipère céroste d’environ un pied de long, à queue très courte, de couleur rougeâtre, de sorte qu’elle se distingue difficilement du sol. On dit cette vipère très irritable ; elle s’appelle ici tachelt.
Ciel couvert. Les nuages viennent de l’ouest, et bientôt tombe une pluie formidable, qui fait couler l’oued à pleins bords. De nombreuses cascades descendent le long des pentes méridionales de la montagne. La femme du cheikh me dit que ces eaux se perdent dans la hamada au sud de l’Aïr, et que jamais elles n’atteignent le Soudan[185].
Rendu visite au cheikh, qui s’est montré poli et aimable. J’apprends à cette occasion qu’il est né à Katséna ; c’est de là qu’il a entrepris il y a dix ans sa grande razzia dans le Kanem. Les Oulad-Sliman et les Ouled-Ali étaient alors renforcés par beaucoup de Tibbous du Borgou, et restèrent treize mois dans l’Aïr, pillant et saccageant, tandis que les habitants vivaient réfugiés dans la montagne ; des deux côtés il y eut beaucoup de morts.
9 juin. — L’oued d’Adjiro est maintenant plein de crapauds, qui nous régalent la nuit de leurs concerts. Les Kel-Ouï appellent les crocodiles keffi, mais ils ne les connaissent que pour en avoir vu au Soudan.
Cette nuit, un chien a dévoré mes souliers arabes, de sorte que je suis obligé de me contenter désormais de sandales.
Je profite de ce que l’eau coule en abondance pour prendre un bain, mais je produis une sensation énorme, car toutes les femmes et les jeunes filles accourent pour admirer la blancheur de ma peau ; on s’étonne aussi de me voir nager ; aucun Touareg n’en fait autant. J’ai vu plusieurs crapauds d’assez près : ils ont la taille d’une grenouille, les yeux à fleur de tête, l’iris jaune, le cou gros, le dos d’un brun grisâtre, le ventre blanc. Des scarabées noirs se montrent également à la surface de l’eau.
10 juin. — Point de pluie. Le ciel est de nouveau sans nuages. Bou-Tassa est arrivé de l’oued Aouderas avec des ânes chargés de noix d’akokaï.
11 juin. — Je lave mon linge dans l’oued, où il reste encore assez d’eau pour que les ânes, les chiens et les vaches viennent à l’abreuvoir.
Les habitants de l’oued Aouderas sont de la tribu des Kel-Ataram[186].
15 juin. — En contournant le mont Tekindouhir par la gauche, j’ai aperçu une douzaine de singes assis au bord de la coulée de laves, et plus loin un renard (ou un chacal ?) à queue noire. Du côté nord de la montagne, la coulée de lave s’amincit, et il serait peut-être possible de la franchir et de faire l’ascension du cône. Le volcan ne semble avoir eu qu’une seule éruption, qui s’est épanchée tout entière vers l’est, après l’écroulement de la paroi orientale du cratère.