30 juin. — Le cheikh nous a envoyé un peu de blé du Maradé, au grain petit et d’un blanc sale, mais qui n’en vaut pas moins cent fois mieux que du gueçob. Mon domestique a eu la chance de troquer un couteau contre un peu de beurre, de sorte que nous pouvons enfin manger de nouveau à notre faim.
Le sultan d’Agadès, qui doit prochainement revenir de Sokoto, s’appelle Ahmed Rafaï ; il est assez âgé et n’a point de relations cordiales avec les Kel-Ouï, du moins avec Hadj Bilkhou[191].
Les Aouélimiden sont en guerre avec tout le monde, même avec les Hoggar. Aucune caravane ne passe chez eux, mais seulement quelques marchands d’Agadès, qui vont leur vendre des sabres et des poignards, et leur prennent en échange des chameaux et des ânes. Ingal et Djéboli sont les centres principaux des Kel Guérès.
6 juillet. — Deux familles ont tour à tour l’honneur de fournir un sultan à Agadès.
Les dattes sont mauvaises dans l’Aïr ; aussi l’on en importe du Fezzan.
9 juil. — Nous nous levons de grand matin pour nous préparer au départ. Les chameaux ont été amenés pendant la nuit. Le cheikh vient me trouver, et pâle d’émotion — évidemment son amour-propre en souffre, — il m’avoue qu’il n’a pas de provisions à nous donner, parce que sa caravane n’est pas encore revenue du Soudan ; mais il me remet une lettre pour Hadj Iata de Tintarhodé, qui nous pourvoira de tout. Quant à la note que j’ai rédigée des vivres qu’il nous a fournis, il me la rend en me disant que de sa vie il n’a jamais rien écrit de pareil ; que, si j’étais un homme bien élevé, je savais ce que j’avais à faire ; sinon il ne veut rien de moi[192].
Nous nous mettons en chemin une heure après le lever du soleil. Tous les parents du cheikh prennent congé de nous ; lui-même et le faki du village nous font la conduite.
Enfin, nous tournons le dos à ce maudit endroit, et nous marchons en avant avec bonheur. Nous prenons la direction du nord-ouest, à travers un pays de plus en plus accidenté, et traversons encore une fois l’oued Tekindjir[193], dont le large lit aux berges accores contient encore quelques mares. On me dit que l’oued passe à Rhezer et s’appelle alors oued Terhezer.
Au bout de trois heures de marche, nous cheminons dans une profonde vallée où aboutit une coulée de lave qui forme une muraille de 15 pieds de haut. Un examen plus attentif me fit découvrir à une assez grande hauteur, sur le flanc d’une colline de granite, un cône noir d’une vingtaine de pieds de haut, d’où la lave était descendue dans la vallée. Sa couleur noire tranche sur la teinte rougeâtre du granite. Ce cône s’appelle Tarhel.
Nous sommes ici dans une gorge latérale du grand oued Tekindjir ; j’y vois pour la première fois des bouquets de palmiers Faraoun[194].