14 juil. — Nous allons à Tintarhodé. Nous marchons vers le nord-est, en traversant successivement l’oued Ezellil et le village de Teguir avec un jardin de palmiers, puis celui d’Ezellil, dans une plaine boisée où l’on voit beaucoup d’ahatès[197], enfin celui de Serar, près duquel nous campons dans l’oued Ouanankerane.

15 juil. — Nous avons à droite la chaîne des monts de Serra, à gauche, dans le lointain, les deux cimes de la montagne d’Asodi. Dépassant le mont Afodet, nous gagnons le village d’Aguéraguer, au pied de la montagne du même nom, appelée aussi Afiz.

16 juil. — Une vaste plaine s’étend entre les monts Afiz et Afodet. Nous laissons ce dernier à gauche, et nous arrivons le soir à Tintarhodé, qui se distingue avantageusement des autres villages par ses maisons de pierre pittoresquement disséminées sur des monticules de granit, au pied de la chaîne abrupte du Timgué.

Nous descendons devant la demeure du hadj Iata ; des esclaves déchargent notre bagage et nous invitent à nous reposer sous la véranda. Le hadj est absent ; il arrive tard dans le nuit, et, avant de nous voir, il commence par bâtonner un esclave, parce que celui-ci ne l’a pas informé de notre arrivée. Hadj Iata est un aimable vieillard, aux manières extrêmement polies ; il nous reçoit avec les plus grands égards.

17 juil. — On me traite ici comme un fils de la maison. La nourriture est excellente, et l’on m’offre même du thé et du café.

Je reçois la visite d’un pèlerin de la Mecque, qui m’a vu à Ouenserig, et qui retourne chez les Arabes Kounta, non loin de Tombouctou. Il me raconte que les Hoggar sont en guerre avec les Aouélimiden[198], que le cheikh El-Bakay est sans influence chez les Hoggar, que ceux-ci passent encore pour des païens, qui n’observent pas les prescriptions de la religion, et ne se gênent pas pour dépouiller et même tuer les plus saints marabouts.

Hadj Iata se déclare prêt à me fournir des vivres qui seront payés à Ghât.

18 juil. — Hadj Iata et moi nous allons rendre visite au marabout Toufik, qui habite au pied de la montagne sur une colline éloignée. C’est un vieillard à barbe blanche, d’aspect très sympathique, comme ses deux fils. Il ne vient pas directement de Ghât, mais de l’Ahaggar, où il a visité tous les chefs et s’est efforcé en vain de rétablir la paix entre eux et les Azdjer. Il attribue son insuccès aux Turcs, qui ne désirent pas que les Touareg soient unis. Ahitaghel[199] a entendu parler de moi. Il a dit que, si je venais dans l’Ahaggar en compagnie de Toufik, il me recevrait bien. Hadj Iata me recommandera au sultan d’Agadès, pour que j’arrive au Sokoto sans encombre. Il me dit que le sultan d’Agadès redoute les gens de Sokoto[200].

19 juil. — On annonce que Sidi-Erkeb[201], le chef des Aïthoguen, est parti en razzia.

Le jeune pèlerin des Arabes Kounta me fait une description favorable des Aouélimiden Motti-bodal, dont le pays, dit-il, n’est pas loin d’Agadès. Ils sont très riches en troupeaux de chameaux et de chevaux. Entre l’Adgag et le Hoggar vivent plusieurs tribus arabes[202].