Je crois que Toufik ne songe pas sérieusement à me mener chez les Hoggar ; lui-même a perdu de l’argent lors du pillage d’une des dernières caravanes, et ils ne lui ont rendu que le dixième de ce qu’ils avaient pris !

Hadj Iata appelle Imrhad les gens qui, venant d’autres pays, se sont fixés sur le territoire d’une tribu touareg et se sont soumis à elle[203]. Tous étaient primitivement des hommes libres. Cette distinction n’existe plus dans l’Aïr, sans doute par suite des alliances fréquentes avec l’élément haoussa. De même, le fils d’un Kel-Ouï et d’une esclave est libre comme son père et a les mêmes droits.

Les Kel-Rhezer demeurent dans l’Aguelal ; c’est un pays de montagnes situé dans l’ouest de l’Aïr, et qu’on aperçoit d’ici[204].

On me demande des médicaments pour un homme des Ifaden qui a reçu une balle dans le genou lors de la dernière incursion des Mechagra. Ces Mechagra sont des Arabes qui vivaient autrefois à côté des Kounta, près de Tombouctou ; mais la guerre que se font les Kounta et les Igdalen les a chassés de leur territoire, et ils se sont établis dans l’Adgag chez les Aouélimiden. C’est de là qu’ils ont fait irruption sur le territoire des Ifaden[205].

21 juil. — On me dit qu’à l’ouest de l’Aguelal il n’y a plus de montagnes.

Hadj Iata m’a invité à aller chercher mon bagage et à m’établir provisoirement auprès de lui. Il me confie des lettres écrites dans ce sens pour Hadj Bilkhou et pour Kindirka.

22 juil. — Nous reprenons notre route en sens inverse. Nous marchons vers la montagne d’Asodi en laissant Aguéraguer à gauche. Mon guide me dit qu’Aguéraguer a été autrefois une grande ville, plus grande qu’Agadès, avant que les Kel-Guérès ne l’eussent détruite.

23 juil. — Halte dans l’oued Ouanankerane. Nous sommes surpris par une pluie d’orage, la première depuis longtemps.

24 juil. — De retour à Djémia. Assisté cette nuit à une noce. La solennité consiste en une musique de tambourins, et en danses exécutées par des jeunes gens armés et lourdement costumés. Ces danses sont très lentes et ont quelque chose de grave ; les femmes et les hommes assistent au spectacle, assis en deux groupes séparés. A un moment donné, on fait une pause et on mange abondamment. Les jeunes filles ne dansent pas dans l’Aïr, tandis que la danse leur est permise chez les Touareg de Ghât.

25 juil. — Adjiro. Mon domestique n’a pas reçu de vivres pendant mon absence et n’a vécu que de gueçob. Je veux m’en aller d’ici le plus vite possible. Mais on ne semble pas satisfait de me voir partir ; on espérait sans doute tirer encore quelque avantage de mon séjour. On me fait des difficultés pour la location des chameaux, et on me demande le double du prix ordinaire. Au bruit de la dispute, le cheikh Bilkhou arrive et me promet des chameaux pour demain.