27 juil. — Nous étions déjà en route quand Adal, le Targui qui m’avait pris pour un juif, est venu nous rejoindre. Il m’a fait cadeau de ses beaux anneaux de bras. Nous campons en vue du massif du Benday, dans le large oued Teguédmaouen[206].

30 juil. — Arrivée à Tintarhodé, où le cheikh Hadj Iata nous accueille et nous régale de son mieux. Nous demeurons dans une case, au milieu d’une cour entourée d’une haie de tountafia[207]. Je reçois une masse de visites de soi-disant malades.

1er août. — Hadj Iata fait grand cas de la lettre du kadi de Ghât, et me conseille de la montrer à tout le monde.

Il me raconte que les lions de l’Aïr ont une forte crinière ; lui-même a été assailli par un de ces lions tout près du village, et son bras porte encore des traces de morsures. On trouve également des girafes à trois jours de marche dans l’ouest de l’Aïr ; leur nom indigène est amderh.

5 août. — Hier soir, grand tumulte au village, à la nouvelle que les Kel-Ifadéen ont envoyé dix-huit hommes armés pour prendre de force des dattes à Seloufiet. Tous les hommes valides sont partis en courant pour s’y opposer. Mais la chose s’est arrangée sans effusion de sang.

Le gendre du hadj Iata me raconte qu’on vendait autrefois à bas prix des Imrhad des Aouélimiden sur le marché d’Agadès ; mais que maintenant ces esclaves blancs sont hors de prix. Jamais on n’enlève les femmes et les enfants des Imocharh[208].

7 août. — La pluie est tombée cette nuit et un filet d’eau a recommencé à couler dans l’oued. Le brouillard dure jusque vers midi. La chaleur est insupportable.

Le territoire des Kel-Ouï s’étend depuis Achagour, à l’est, jusqu’au puits d’Enguichan, à l’ouest ; ce puits est situé sur une hamada inhabitée.

Hadj Iata me dit que les Tibbous, pour se défendre contre les Kel-Ouï, ont demandé au Sultan de Stamboul d’occuper leur territoire[209]. Toute l’oasis de Bilma appartient au cheikh kel-ouï Hosseïn d’Azanarès ; lorsqu’un Kel-Ouï vient à Bilma, il commande en maître, et traite l’oasis en pays conquis.

J’observai chez les Kel-Ouï bien des maladies qui n’existent pas chez les Touareg de teint blanc et de race pure. Rien qu’à Tintarhodé, j’ai noté des cas d’épilepsie, d’atrophie chez les enfants, de maladies de foie consécutives aux fièvres du Soudan ; la syphilis vient également du Soudan : j’ai vu de larges condylomes, des éruptions cutanées ; la variole est universellement répandue et entraîne souvent la perforation de la cornée. Très fréquentes également sont les maladies des voies digestives, conséquence d’une alimentation défectueuse, l’hypocondrie, la folie. L’obésité est la règle chez les femmes des Kel-Ouï et atteint, paraît-il, des proportions monstrueuses chez celles du Damergou[210]. Par contre, je n’ai jamais vu de femmes aussi obèses chez les Touareg du Nord. La menstruation est très souvent irrégulière chez les femmes kel-ouï. J’ai observé deux cas de scorbut.