18 août. — De retour à Tintarhodé. En échange des remèdes que j’ai distribués, on me donne d’excellentes dattes qui viennent du petit village d’Imberkane, situé dans la montagne.
Un jeune Touatien de dix-huit ans, qui a été à Agadès avec son père pour acheter des plumes d’autruche, me donne des détails sur les Hoggar. Il dit qu’il ne fait que passer et repasser chez eux, et que jamais il n’a été dépouillé, même pas par les Aïthoguen[216]. Hadj Iata me dit qu’autrefois un seul marchand envoyait facilement quatre-vingts dépouilles d’autruches par an au marché de Ghât ; mais ces animaux sont devenus si rares qu’il est difficile d’en rassembler aujourd’hui une dizaine tous les ans. Les dépouilles se vendent à Tripoli 150 thalers, l’une dans l’autre ; c’est du moins le prix qu’on paie pour celles que hadj Iata y envoie.
19 août. — Les Arabes Meschagra s’habillent, me dit-on, comme les Touareg, montent à cheval et à chameau et payent comme les Ifoghas la garama à Ahitarhel. Ouinsig m’assure qu’aucun des Hoggar ne va à Tombouctou, parce que les Aouélimiden les tueraient en route.
Le jeune Touâtien me raconte qu’il y a en ce moment deux juifs au Touât. L’un des deux s’est converti à l’Islam ; l’autre, Yousouf, est resté fidèle à sa religion. Personne ne leur fait de mal ; on leur a donné l’aman une fois pour toutes ; mais on ne permet pas que d’autres juifs viennent s’établir au Touât.
Au dire d’Ouinsig, il y a à l’époque des pluies beaucoup de fièvres dans l’oued Telak.
20 août. — Hadj Iata m’apporte deux thalers parce que j’ai soigné ses gens, mais je ne les accepte pas et lui fais cadeau d’un verre pour reconnaître sa bonne volonté.
21 août. — J’ai fait dresser ma tente et j’ai prié Hadj Iata de l’accepter comme présent. Il a eu pour moi plus d’égards que tous les autres Touareg d’Aïr ensemble, et je lui donne volontiers ma tente et mon lit de camp, qui ont d’ailleurs le défaut d’attirer beaucoup trop l’attention. Hadj Iata est tout confus de la valeur du présent.
Ouinsig apprend ce soir que les gens d’Ikhenoukhen vont avec les Arabes de l’oued Châti dans l’Ahaggar. Il croit que les Hoggar se déroberont, mais qu’ensuite ils couperont les routes de caravane. C’est pour cela que les Ghadamésiens ne veulent pas la guerre, et passent même condamnation sur quelques actes de pillage. Mais lorsque les Taïtoq sont allés enlever les chameaux jusqu’à Tegrifa, près de Mourzouk, les Arabes du Fezzân ont trouvé que c’était par trop fort[217].
Le serki-n-touraoua, mon voleur, se fait le familier du sultan de Sokoto, dans l’espoir que celui-ci lui prêtera son appui pour devenir un jour sultan d’Agadès. C’est Hadj Iata qui me donne cette information.
23 août. — Hadj Mohammed, le gendre du hadj Iata, veut aller à Ghât et s’offre à me louer des chameaux pour le voyage.