Lorsqu’un Targui fait un serment et veut tenir sa parole, il porte trois fois sa main droite à son front. Tous les Touareg ont cette coutume qui s’appelle timmi. Cette cérémonie est nécessaire lorsqu’ils donnent l’aman, sans quoi l’on ne peut se fier à leur parole.

Le jeune fils du cheik Eg-Bekr vient me rendre visite et veut à toute force que je lui donne un burnous de drap. Il crie et tempête parce que je l’éconduis. Son père est l’assassin de Mlle Tinné[18].

Mon ami de Tounine me dit que les Azdjer comptent environ trois cents guerriers, et les Hoggar mille[19], autrefois c’était les Azdjer qui étaient le plus nombreux.

12 octobre. — Je vais avec Hassan à Tounine, qui est situé au nord de la ville. C’est un village à part, dont les habitants sont en relations d’amitié avec les Hoggar. C’est pourquoi un garçon de Tounine ne peut se risquer à Ghât : il serait battu par la jeunesse de cette ville. Par contre, les chérifs de Tounine jouissent d’une grande autorité. Ils sont originaires de Touât[20].

J’ai vu dans le jardin de palmiers un oranger et un citronnier que le cheikh a rapportés de Tripoli, il y a trois ans. L’un de ces arbres a péri, mais l’autre est devenu très haut et se trouve en ce moment tout chargé d’oranges jaunissantes. Les figuiers portent également des fruits, mais sont petits encore[21]. Je note une quantité de grenades ; elles sont blanches au lieu d’être rouges. On cultive la vigne sur des claies, à la hauteur d’environ 3 pieds au-dessus du sol. Le brambach pousse tout seul et a ici des feuilles énormes[22].

On trouve des Melania teberodata[23] en grand nombre dans une source de Tounine et dans les canaux d’irrigation. La plupart des individus sont de petite taille.

Au retour j’aperçois de loin les huttes d’Ikhenoukhen ; lui-même est assis devant l’une d’elles. Il a maintenant cent deux ans[24]. Son légitime successeur est Kelala, mais celui-ci est de caractère faible, presque un marabout ; aussi est-ce Eg-Bekr qui a le plus d’influence[25]. On sait que les Arabes de l’Oued Châti et les Azdjer ont battu les Hoggar près du mont Tifedest. Malgré cette défaite, les Hoggar sont encore en possession de la majeure partie du butin, et c’est pour cela qu’Ikhenoukhen ne veut pas entendre parler de paix, car il a perdu presque tous ses troupeaux et, qui plus est, deux de ses fils.

Le kaïmakam a entendu parler de mon excursion à Tounine et me fait dire aussitôt de ne pas aller hors des murs de la ville sans un soldat d’escorte, car on ne peut se fier aux Touareg. Je dois lui dire où je veux aller, et il me donnera toujours un homme pour m’accompagner.

Les Touareg qui sont le plus purs de race sont les Aouélimiden ; ce sont aussi les plus nombreux[26]. Leurs tribus se font en ce moment la guerre.

Le kaïmakam me montre une tige de crinoïde[27] qu’on a trouvée aux environs de Ghât. On me dit que le mont Oudân[28] renferme de l’or, mais que les chrétiens seuls sauraient l’y chercher.