Tous ces Ihadjenen descendent des Tinylkoum.
2o Les Kel Rhapsa[33], eux aussi, sont de race Tinylkoum, mais ne font pas partie des Ihadjenen. A une époque reculée, avant que ces tribus ne vinssent à Ghât, cette ville était occupée par les Imekamesan et les Kel-telek, dont on trouve encore aujourd’hui quelques descendants dans la ville. Les quatre tribus sus-nommées vinrent à Ghât après l’époque du prophète, et y trouvèrent les Imekamesan et les Kel-telek. Les Imekamesan avaient été établis auparavant à Halelberess, tout près de la ville, et les Kel-telek à Angaïan, également dans le voisinage, où ils avaient une forteresse.
15 octobre. — Voilà trois jours que nous avons du guebli, le ciel est tout gris et on dirait que tout le pays est dans le brouillard. On me dit qu’à Ghât il en est souvent ainsi. Tout le monde se sent malade ; on se plaint de lassitude de tous les membres ; bien des gens ont de la conjonctivite. A midi grande tempête de sable ; tout est enveloppé d’une brume grise ; de ma petite terrasse on ne voit même plus les maisons voisines, et la poussière affecte douloureusement les yeux.
— L’oncle de Hassan de Tounine me dit qu’il y a sur le mont Oudân une espèce d’arbres au bois dur comme du fer, et qu’on ne trouve pas ailleurs, même pas au Soudan.
Cet après-midi je reçois la visite de Mohammed Tini, le jeune, qui me demande des remèdes. Tini a des esclaves pour commis à Tombouctou, à Kano, à Kouka et dans l’Adamaoua. Il dit que, si je pouvais aller chez les Hoggar, ce serait le plus court chemin pour aller à Tombouctou. Une autre route va droit à l’ouest, mais les pillards Aouélimiden la rendent très dangereuse. La route la plus sûre est toujours celle du Soudan, mais c’est aussi la plus longue.
16 octobre. — J’apprends aujourd’hui qu’une grande caravane est venue d’Algérie à Ghadamès ; il s’y trouve trois Français qui ont un serviteur musulman ; ils veulent aller au Hoggar, et emportent beaucoup de marchandises[34].
Eg-Bekr et Hadj-ech-Cheikh sont une seule et même personne[35].
Aujourd’hui Safi m’a fait venir, et j’ai trouvé chez lui Hadj Mustapha Sammit, Othman et trois autres Touareg. Safi m’a déclaré d’un ton quelque peu solennel que les Touareg s’étaient accordés à reconnaître qu’Othman est celui qui a le plus de droits sur moi[36], je dois donc lui donner autant que ce que donnent les Ghadamésiens ; comme il ne veut pas de burnous, Sammit est d’avis que je dois donner 10 thalers. Othman se déclare prêt à partir demain avec moi pour l’oued Mihero ; mais je veux voir d’abord s’il ne se produit pas d’autres prétentions, afin qu’on ne me suscite pas de difficultés en route. Othman a la physionomie d’un coquin ; ses yeux obliques et luisants me font songer à un Japonais. Il paraît que son frère est tout le contraire : un homme éminent sous tous les rapports ; mais les Hoggar l’ont si grièvement blessé, qu’il ne se rétablira jamais. J’espère partir d’ici avant que les Français n’arrivent, pour éviter des commentaires qui leur nuiraient à eux comme à moi.
Dedekora me déclare que j’ai maintenant tous les droits d’un Musulman ; nul n’oserait, dit-il, vérifier si je suis circoncis ou non[37] ; c’est là, selon lui, chose tout à fait secondaire. J’ai rendu visite à Mohammed Dedekora dans sa maison. Il possède Ibn-Khaldoun, Bokhari[38] et beaucoup d’autres livres.
J’ai vu quelques Tibbous qui attendent le moment de se joindre à une razzia ; j’espère qu’elle n’aura pas lieu. Ces gens sont laids, noirs[39], ont la bouche grande et une taille moins élevée que les Touareg.