[214]Taxe de protection.

[215]Cette déférence des nobles pour l’hôte du marabout est très digne de remarque. En somme, E. de Bary a eu affaire dans l’Aïr à trois sortes de pouvoirs différents :

1o Le serki-n-touraoua, représentant du sultan d’Agadès, homme peu estimé, dont le seul rôle était de percevoir la taxe des caravanes pour son maître, et qui, à l’égard du voyageur, s’est conduit en simple brigand ; le chef touareg dont il avait violé l’hospitalité lui aurait certainement fait rendre gorge, si le rusé compère n’avait quitté Agadès pour faire un tour au Soudan ;

2o Le cheikh Bilkhou, sans fonction officielle, mais qui, dans ce monde du désert, où la fonction n’est rien, et où l’ascendant personnel est tout, est devenu, en 1877, le chef le plus influent des Kel-Ouï d’Aïr ; c’est lui qui, en des circonstances critiques, les a menés à la guerre contre les Aouélimiden et les Ouled-Sliman (voir [p. 127]). Quant à l’amenokal ou sultan légal des Kel-Ouï, qui déjà du temps de Barth n’était que l’ombre d’un prince (« das Schattenbild eines Fürsten »), son rôle, en 1877, est tellement effacé, que de Bary ne le nomme pas une seule fois dans son journal de voyage ; c’est seulement par une de ses lettres que nous apprenons qu’il s’appelle Anastafidet et qu’il réside à Asodi (Verhandl. der Gesellsch. für Erdkunde, 1877, IV, p. 251) ;

3o Les marabouts Kel-Rhezer de Tintarhodé et de Tin-Telloust, qui semblent, en 1877, les personnages les plus influents de tout l’Aïr. C’est chez eux ([p. 121]) qu’on délibère, après le scandale causé par le serki-n-touraoua ; chez eux qu’on trouve le bien-être et la richesse ; ce sont eux qui, de leur propre mouvement, vont négocier la paix entre Kel-Ouï et Hoggar, et même entre Hoggar et Azdjer. Il serait imprudent de juger la situation politique actuelle d’après ce qui s’est passé il y a vingt et un ans, mais il est probable qu’une mission transsaharienne aura à compter avant tout avec ces marabouts de l’Aïr.

[216]Ce qui indique combien ces pillards invétérés attachent d’importance à rester en bons termes avec le Touât, qui est leur lieu de ravitaillement.

[217]Les Azdjer de leur côté ne faisaient pas preuve de moins d’audace. En décembre 1876, une bande d’Oraghen et d’Imanghasaten alliés s’était avancée jusqu’aux portes d’Insalah, avait attaqué une caravane de Hoggar qui en revenait avec des vivres, tué 15 hommes et enlevé 400 chameaux. Le même mois, une autre bande avait pénétré par Dider dans l’Ahaggar, enlevé 200 chameaux des Taïtoq, et tué 5 hommes, dont un frère de Sidi-eg-Guerradji. Ces 5 hommes s’étaient trouvés en face de 150 Azdjer : ils n’en furent pas moins tués. Dans ces razzias, les vainqueurs ne font pas de prisonniers. (E. de Bary, lettre adressée au président de la Soc. de Géog. de Berlin, Verhandl. der Gesellsch. für Erdkunde, 1877, IV, p. 250.)

[218]Allusion à une information recueillie par Duveyrier au sujet de cette ancienne route de Djerma à l’Aïr : « A Anaï, dit-il, la voie, avec ses anciennes ornières, est encore assez caractérisée pour que des Tébous, mes informateurs, qui en arrivaient, n’aient laissé dans mon esprit aucun doute à ce sujet. D’ailleurs, ajoutaient-ils, les anciens ont pris la peine de buriner dans le roc, sur une des berges de la voie, des tableaux représentant un convoi de chars, avec des roues, traînés par des bœufs à bosse et conduits par des hommes » (Les Touareg du Nord, p. 458.) Duveyrier en concluait que c’était la route carrossable suivie par l’armée romaine lorsqu’elle était allée de Garama à l’Agisymba. Malheureusement, la déclaration du cheikh des Ihadanaren ne permet pas de conclure d’une façon aussi nette. Les Tébous sont des informateurs sujets à caution, et il n’est pas impossible que, pressés de question, ils n’en aient dit plus qu’ils n’avaient vu. De Bary, pas plus que Richardson et Barth, n’a vu de trace du passage des Romains dans l’Aïr. En tout cas, l’exploration de cette route d’Anaï constitue un des plus intéressants desiderata de la géographie ancienne de l’Afrique.

[219]Ce ne serait donc pas le léopard, qui est bien connu dans les pays du Soudan, et qui porte le nom de damousa (pluriel damissa chez les Haoussa du Sokoto). (Staudinger, Im Herzen der Haussaländer, p. 693.)

[220]Sultan du Gober.