La nuit s'abandonne comme un asile de vieillards.
La neige écoute aux portes
et le vent décapite les arbres.
La nuit s'abandonne comme un asile de vieillards.
Près des poêles, les enfants retournent en leurs mères.
Le temps se suspend à mon cou
tel une meule de pierre,
le vent décapite les arbres.
Mais je vis, je vis jusque dans la rue
jusque dans la ville
jusque dans la chambre où je travaille.
La nuit s'abandonne comme un asile de vieillards
et l'esprit,
l'esprit est un état-de-moi.


DES CONTOURS D'ENVOL
SE BRISENT

Une grande roue
de crépuscule
est crucifiée
sur une crête.
Des arbres livides
vagabondent tête découverte,
roi dans les rues —
le vent du nord
aux poches vides.
Des contours d'envol
se brisent —
et vous, ceux qui ne pensez pas,
ô, vous, objets,
vous nous donnez, à nous,
vos blessures.


COUCHER DE SOLEIL

La mélancolie d'un coucher de soleil
m'enveloppe
en ondes pâles,
les sens glissent paisibles
d'En-Haut —
comme anges d'or.
Gracile s'élève
la fumée de la jeunesse
au temps passé.
Demain
va mourir
à la nuit.